OpenAI a trouvé un nouveau marché : la panique des élèves de terminale. Le College Planner débarque « soon » dans ChatGPT for Teens, le mode lancé en août avec ses garde-fous et ses rappels de pause. Au menu : exigences des dossiers, dates limites, tâches, démarches d'aide financière, timeline consolidée. Traduction pour les parents : votre gamin ne parlera plus à son conseiller d'orientation. Il parlera à un modèle de langage dont le seul indicateur de performance est le temps passé dans l'application.
Le conseiller d'orientation était déjà mort, OpenAI se sert dans les ruines
Aux États-Unis, la moyenne nationale tourne autour d'un conseiller pour 385 élèves (ASCA, 2022-23), et certains États dépassent tranquillement les 600. Le besoin est réel, documenté, criant.
C'est exactement ce qui rend l'opération cynique. OpenAI ne crée pas un marché : il colonise une défaillance publique. L'école n'a pas les moyens de financer l'accompagnement, donc une entreprise valorisée autour de 500 milliards de dollars s'installe dans la brèche, gratuitement, et facturera plus tard.
Les « garde-fous » sont un argument marketing, pas une sécurité
Rappels de pause. Contrôles parentaux. Mode ado « sécurisé ». Très bien. Combien de gamins de 15 ans cliquent « 18 ans et plus » sur un écran d'accueil ? La vérification d'âge dans ce secteur est une décoration, pas une porte. On ne protège pas des mineurs avec une case à cocher et une notification « prends une pause » toutes les heures.
Et pendant qu'on parle de bien-être, personne ne mentionne les points qui fâchent : combien de temps sont conservés les essais personnels d'un mineur, est-ce qu'ils alimentent l'entraînement, est-ce que la mémoire du compte survit à la fermeture du dossier ? OpenAI ne le dit pas. Le communiqué, lui, brille.
Une date limite hallucinée coûte plus cher qu'un abonnement
C'est ici que le produit devient dangereux. Pas parce qu'il est mauvais — parce qu'il est suffisamment bon. Une deadline inventée sur Early Decision, une exigence de test fantôme, une étape FAFSA oubliée : dans ce système, la décision est contraignante. Rater le 1er novembre, ce n'est pas perdre un pari, c'est perdre un an. Et l'aide financière fédérale américaine, elle, se joue à des formulaires près, souvent à quelques milliers de dollars annuels.
Un chatbot qui se trompe sur une recette de cuisine, on en rit. Un chatbot qui se trompe sur un dossier d'admission à 40 000 dollars l'année, on ne rit plus du tout. OpenAI vend « une timeline pour anticiper ». Il vend surtout une autorité qu'il n'a jamais démontrée, sur un terrain où l'erreur est irréversible.
Le vrai plan : vingt ans de fidélité
Suivons l'argent deux secondes. Le conseil en admission privé, c'est un marché mondial de plusieurs milliards, avec des forfaits qui grimpent à des dizaines de milliers de dollars pour les familles obsédées par la bonne université. OpenAI arrive avec la même promesse, prix cassé, et un bonus : il garde la relation. Le gamin entre par le dossier d'admission, reste pour les partiels, les stages, le premier emploi, le premier crédit immobilier.
C'est ça, le College Planner. Pas un outil d'orientation. Un tunnel d'acquisition qui commence à 16 ans, chez des gens qui n'ont pas encore de carte bancaire et qui apprendront à payer avec autre chose : leurs données, leur attention, leur dépendance.
Et les régulateurs, ils font quoi ?
Rien, comme d'habitude. La COPPA américaine date de 1998 et regarde passer les IA conversationnelles comme un contrôleur SNCF un jour de grève. Le RGPD prévoit une protection renforcée des mineurs — sur le papier. Le DSA exige des évaluations de risque pour les mineurs — sur le papier aussi. Pendant ce temps, une entreprise américaine s'installe dans le parcours d'orientation de millions d'adolescents sans publier ni prix, ni durée de rétention, ni méthodologie d'évaluation.
OpenAI, une question simple : vous garantissez la justesse des deadlines affichées, ou vous mettez un disclaimer de trois lignes en bas de page ? Parce que la réponse est déjà dans votre communiqué. Elle n'y est pas.
Les familles méritent mieux qu'un devoir de vérification supplémentaire. Les ados méritent mieux qu'un produit qui monétise leur stress en le soulageant à moitié. Et personne, absolument personne, n'a demandé à ce que l'avenir d'une génération soit compilé dans un tableau de bord qui arrive « soon », sans date, sans conditions, sans contrepartie annoncée.
« Soon », en langue OpenAI, ça veut dire : quand on aura fini de compter les inscriptions.