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ENTREPRISESIL Y A 18H3 MIN DE LECTURE

OpenAI achète un talk-show pour se faire une pub qu'elle ne mérite pas

À court de bonne presse, OpenAI a trouvé une solution radicale : acheter le média qui en parle. L'acquisition de TBPN, émission culte de la tech, sent le désespoir corporatiste à plein nez. Quand tu ne peux plus contrôler le récit, achète le narrateur.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : WIRED AI
OpenAITBPNacquisitioncommunicationSilicon Valleyimage publique

Voilà donc la nouvelle stratégie de relations publiques d'OpenAI : quand la réalité te mord les chevilles, achète le chien. L'annonce ce matin du rachat de TBPN – « The Big Picture Network » pour les intimes – n'est pas une expansion médiatique. C'est un aveu. L'aveu qu'après les déboires en série (sécurité bâclée, gouvernance opaque, procès pour violation de droits d'auteur à la chaîne), la firme d'Altman préfère investir dans un mégaphone complaisant plutôt que de régler ses problèmes.

Le prix d'une bonne parole

Les montants ne sont pas divulgués, bien sûr. Mais acheter une émission qui brasse des dizaines de millions de vues parmi les VC et les cadres de la Valley, ça ne se fait pas avec des bonbons. L'argent des investisseurs – celui de Microsoft, des fonds souverains, de vous et moi via nos données – ne sert plus à faire de la R&D responsable. Il sert à financer une opération de blanchiment d'image en direct. Pratique : quand le prochain invité critiquera les dérives de l'IA, il le fera depuis un studio dont le propriétaire est… OpenAI. Conflit d'intérêt ? Quel conflit d'intérêt ?

TBPN : de tribune critique à vitrine corporate

L'ironie est savoureuse. TBPN s'était construit une réputation de franchise, n'hésitant pas à challenger ses invités. Demain, quand Sam Altman viendra y expliquer pour la énième fois que l'IA va sauver l'humanité (tout en verrouillant son modèle), quelles questions gênantes pourront encore être posées ? Celles sur la consommation énergétique délirante de GPT-5 ? Sur les conditions de modération au Kenya ? Sur le fait que leur dernier modèle est surtout bon à remplacer des rédacteurs sous-payés ? On parie que le ton va s'adoucir drastiquement.

Le manuel du désespoir en 3 étapes

Étape 1 : Faire des promesses éthiques grandioses pour lever des milliards.
Étape 2 : Les piétiner allègrement une fois le marché captif.
Étape 3 : Acheter un média pour qu'il raconte que tout va bien.
Le playbook de la Silicon Valley n'a pas changé. Seul le prix de la propagande a augmenté. Meta, Google, Tesla… tous ont, à un moment, tenté de contrôler férocement leur narration. OpenAI passe simplement à la vitesse supérieure : elle ne se contente plus de sponsoriser du contenu, elle en devient propriétaire.

Et après ? L'agence de presse OpenAI News ?

La pente est glissante. Si demain, chaque géant tech possède son propre réseau d'information « indépendant », où trouver une couverture critique ? Dans les communiqués de presse qu'ils rédigeront eux-mêmes ? Cette acquisition n'est pas un accident de parcours. C'est le symptôme d'un écosystème qui préfère manipuler la perception que corriger la substance. Quand tu ne supportes plus le miroir, tu achètes le miroitier. Mais l'image, aussi retouchée soit-elle, finit toujours par montrer les fissures.

Alors bravo, OpenAI. Tu viens d'ajouter une ligne à ton CV : « Propriétaire de média ». Juste entre « Lanceur d'alertes sur les risques de l'IA » et « Poursuivi en justice pour appropriation massive de propriété intellectuelle ». La cohérence, visiblement, n'est pas ton fort.

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