Le lobbyiste en chef fait ses courses
Sam Altman, le CEO d'OpenAI, ne se contente plus de coder l'AGI. Il code aussi la loi. Cette semaine, il a gentiment proposé au Congrès américain un petit paquet législatif clé en main. Leur idée ? Créer une nouvelle autorité fédérale pour superviser les IA les plus puissantes. Une belle initiative citoyenne, si on oublie le petit détail : cette autorité ne s'appliquerait qu'aux modèles dépassant une certaine limite de capacité. Devinez qui, aujourd'hui, est le seul à frôler cette limite ? OpenAI, bien sûr.
La recette magique : régulez mes concurrents, pas moi
Leur plan est d'une élégance cynique rare. Ils proposent un seuil. En dessous, laissez-faire. Au-dessus, régulation lourde. Actuellement, seuls leurs modèles (et peut-être ceux de Google) sont concernés. Mais l'astuce, c'est que la barre est mobile. OpenAI se réserve le droit de définir les critères de cette fameuse « capacité ». Traduction : ils pourront toujours ajuster le curseur pour rester juste en dessous du radar réglementaire, tandis que les nouveaux entrants se prendront toute la bureaucratie en pleine face. Un chef-d'œuvre de capture régulatoire en préparation.
Washington joue le jeu (pour l'instant)
À DC, la réaction est un mélange d'amusement et de lassitude. Les sénateurs et régulateurs reçoivent des dizaines de ces « propositions » chaque semaine. Celle d'OpenAI est juste mieux emballée. Un staffer du Congrès, sous couvert d'anonymat, résume : « Ils veulent figer l'état de l'art et se déclarer gardiens du temple. On n'est pas dupes. Mais on écoute, parce qu'ils ont les meilleurs jouets. » Le Département de la Justice et la FTC, eux, observent d'un œil déjà méfiant cette tentative de monopoliser la définition même de la sécurité.
L'argent, le vrai moteur
Derrière le vernis « sécurité de l'humanité », suivons l'argent. Une régulation basée sur la taille des modèles crée une barrière à l'entrée colossale. Seuls ceux qui ont les moyens de construire des supercalculateurs et d'embaucher des armées de lobbyistes pourront jouer. Coïncidence, OpenAI vient juste de finaliser un nouveau tour de table à plus de 80 milliards de dollars de valorisation. Ils ne veulent pas réguler l'IA. Ils veulent réguler la *concurrence*.
La prochaine étape : le chantage à l'exode
Le script est écrit. Si Washington n'adopte pas leur charmante proposition, attendez-vous à entendre parler de « fuite des cerveaux » et de « délocalisation de l'innovation ». Altman a déjà évoqué, avec un sourire triste, la possibilité de développer ailleurs si l'environnement américain devenait « trop hostile ». Hostile à qui ? À leur monopole naissant. Le jeu est transparent : donnez-nous le cadre que nous avons nous-mêmes dessiné, ou nous partons avec le ballon. Washington déteste ce genre de chantage. Mais il déteste encore plus l'idée de perdre la course à l'IA. C'est là qu'OpenAI mise.
En attendant, le document dort dans un tiroir. Mais l'audace du move, elle, restera. Celle d'une entreprise privée qui tente d'écrire les lois qui la gouverneront, en espérant que personne ne remarque qu'elle s'est désignée comme unique exception. À Washington, on remarque. Et on prend des notes.