Le rituel est désormais connu. Jensen Huang monte sur scène, son blouson de cuir faisant office d’uniforme de chef de secte tech, pour annoncer la bonne parole. Cette fois, le message tient en un chiffre : 1000 milliards de dollars. C’est le montant des ventes de puces IA que Nvidia projette d’engranger d’ici 2027. Le reste du keynote de deux heures et demie ? Une longue opération de séduction visant à vous convaincre que vous n’avez pas le choix.
L'arnaque sémantique : « OpenClaw », ou l'art de vendre une cage comme une libération
Le nouveau mantra est lâché : chaque entreprise doit avoir une « stratégie OpenClaw ». Derrière ce néologisme marketing qui sent le brainstorming à 2 millions de dollars, se cache une réalité moins glamour. « Open » pour faire croire à l’interopérabilité, à la liberté. « Claw » (griffe), parce qu’au fond, il s’agit de s’accrocher à vous. La stratégie est simple : Nvidia fournit les outils (CUDA, les puces, les librairies), vous fournissez les données, les développeurs et la dépendance à vie. Vous croyez adopter une plateforme ? Vous signez un pacte avec le diable. L’« open » est le leurre, la « claw » est le piège qui se refermera sur vos marges et votre souveraineté technologique.
Le spectacle de l'hubris : quand le robot perd le fil (et le micro)
Rien ne résume mieux l’état d’ivresse de Nvidia que la conclusion pathétique de son keynote. Un robot nommé Olaf, censé incarner le futur de l’IA, se lance dans un monologue incohérent. Résultat : l’équipe technique doit lui couper le micro. Symbolique à pleurer. L’industrie tout entière, dopée aux promesses de l’IA générative, débite un discours de plus en plus déconnecté, au point qu’il faut parfois l’interrompre. Le robot bafouillant, c’est la matérialisation parfaite de la hype qui tourne à vide, pendant que les actionnaires de Nvidia applaudissent à tout rompre.
Suivez l'argent, pas le blouson en cuir
Pendant que Huang joue les prophètes, regardons les faits. La valorisation de Nvidia frôle les 2000 milliards de dollars. Ses marges sur les puces H100 sont proprement obscènes. Le plan est transparent : créer une pénurie artificielle (les GPU sont introuvables), maintenir des prix stratosphériques, et présenter cette situation de racket comme l’unique voie vers le salut numérique. Les concurrents (AMD, Intel, et les fabricants de puces custom) tentent de réagir, mais le vrai verrou n’est pas matériel, il est logiciel : des millions de développeurs sont formatés CUDA. C’est là que la griffe est la plus acérée.
Votre stratégie ? Rester lucide.
Alors, faut-il une « stratégie OpenClaw » ? La question est mal posée. La vraie question est : avez-vous une stratégie pour ne pas devenir un simple fournisseur de données et de cash pour le seigneur Huang ? Diversifiez vos fournisseurs, investissez dans les alternatives open-source (ROCm, OneAPI), et surtout, gardez à l’esprit que le vendeur de pelles pendant la ruée vers l’or s’enrichit toujours, peu importe qui trouve le filon. Nvidia ne vend pas l’intelligence, elle vend les pioches. Et elle s’apprête à facturer chaque coup donné.
Le keynote est terminé. Le robot est muet. Les commandes, elles, affluent. Réveillez-vous avant que le micro ne soit coupé pour vous aussi.