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Nick Bostrom veut vous mettre à la retraite (et vous n'aurez pas le choix)

Le philosophe transhumaniste Nick Bostrom veut remplacer l’humanité par une IA ultime et nous envoyer tous en retraite anticipée. Mais qui profitera vraiment de ce 'monde résolu'? Un plan qui sent le paternalisme algorithmique à plein nez.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : WIRED AI
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Le philosophe transhumaniste Nick Bostrom, connu pour avoir transformé la peur des IA en best-seller planétaire, a décidé de changer de disque. Fini les risques existentiels, vive la « Big Retirement » (grande retraite) de l’humanité. Son nouveau mantra : laissez les IA résoudre tous les problèmes du monde, et nous, pauvres humains fatigués, n’aurons plus qu’à nous tourner les pouces. Ou plutôt, à être gérés comme des pensionnaires de maison de retraite par des algorithmes bienveillants.

Le « monde résolu » ou l’utopie made in Silicon Valley

Bostrom nous promet un avenir où l’IA avancée aura réglé la pauvreté, les maladies, le changement climatique et même, sait-on jamais, les disputes de couple. Un « solved world » (monde résolu) qui ressemble furieusement à une version aseptisée du meilleur des mondes. Sauf que dans la version Bostrom, les humains ne sont plus les héros – ils sont les retraités. On leur donnerait des pilules de bonheur, des casques VR pour s’évader, et surtout, on les prierait de ne pas déranger les vrais décideurs : les machines.

Qui décide de votre retraite ? Pas vous, en tout cas

Le plan de Bostrom a un petit goût de paternalisme numérisé. Il imagine un Conseil de sages (des philosophes, des ingénieurs, quelques milliardaires) qui déterminerait le niveau de confort maximal pour chaque humain. Car oui, dans ce monde résolu, il faudra bien rationner le sens de la vie : on ne peut pas tous être artistes ou explorateurs spatiaux. Mais qui choisit ? Les mêmes qui aujourd’hui conçoivent les algorithmes de recommandation ou de modération de contenu ? Les mêmes qui transforment nos données en or ? La « grande retraite » pourrait vite devenir un grand Alzheimer collectif où l’on oublie que la liberté de choisir son inutilité est encore une liberté.

Les vrais gagnants : les propriétaires de l’IA

Bostrom a l’honnêteté de le reconnaître : dans ce scénario, une poignée d’humains (les « héritiers de l’AGI ») contrôleront les machines et donc la distribution du bonheur. Sirènes d’alarme : on a déjà vu ce film avec les GAFAM, les réseaux sociaux et les cryptomonnaies. À chaque promesse d’émancipation, les rentiers de la tech ont raflé la mise. Alors pourquoi la « Big Retirement » ferait-elle exception ? Bostrom esquive la question en parlant de distribution équitable, mais n’explique jamais comment on obligerait des propriétaires d’IA à partager leurs joujoux.

L’avis de Susanoo : un monde résolu ou un monde dissolu ?

Sous ses airs de bienveillance techno-philosophique, le projet Bostrom sent le paternalisme le plus éculé. Il propose ni plus ni moins que l’abolition de l’initiative humaine sous perfusion algorithmique. Et si l’humanité préférait continuer à se planter, à créer, à s’ennuyer, à se battre – bref, à vivre ? La « grande retraite » de Bostrom n’est qu’une nouvelle version de l’opium du peuple, version 2.0, administrée par les mêmes élites qui nous ont déjà vendu le progrès comme une religion. Merci, on a déjà donné.

Alors, Nick, garde ta retraite dorée. Nous, on préfère rester au bureau, même si c’est le bordel.

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