Le coup de com' du gouverneur-caméléon
Gavin Newsom a signé lundi un décret exécutif qui donne à la Californie quatre mois pour pondre des « politiques d'IA » censées « prioriser la sécurité publique ». La cible affichée ? Les entreprises d'IA qui veulent travailler avec l'État. Le timing ? Parfait. À quelques mois d'une présidentielle où la tech est un champ de bataille, et alors que Donald Trump, depuis son perchoir de candidat, gueule contre toute régulation « pesante ».
Le geste est joli, le symbole est creux. Newsom, l'ancien maire de San Francisco qui a vu la Silicon Valley transformer sa ville en terrain de jeu pour milliardaires et en enfer pour ses classes moyennes, joue soudain les garde-fous. C'est le même homme qui, en tant que gouverneur, a toujours couver l'industrie tech, signant des lois pour attirer les data centers et fermant les yeux sur les externalités sociales. Mais en 2024, avec l'IA qui fait peur à tout le monde, il faut un nouveau costume : celui du régulateur responsable.
Une régulation en trompe-l'œil qui ne mord pas là où il faut
L'ordre exécutif est un chef-d'œuvre de limitation des dégâts pour l'industrie. Il ne touche pas aux produits grand public, aux modèles fermés des géants, aux pratiques de collecte de données. Non, il se contente de dire : « Si vous voulez un contrat avec l'État de Californie, il faudra peut-être montrer patte blanche. »
Autrement dit, on parle de réguler l'acheteur public, pas le vendeur privé. OpenAI, Anthropic, Meta et autres peuvent continuer à déverser leurs modèles non audités, biaisés et énergivores sur le marché mondial. Seuls ceux qui voudraient vendre un chatbot à l'administration californienne devront peut-être se plier à des règles. C'est comme vouloir arrêter un tsunami avec un filet de pêche placé à l'embouchure d'une rivière.
Newsom vs Trump : le combat de coqs qui arrange tout le monde
Le vrai sel de l'affaire, c'est la « défiance » envers Trump, superbement mise en avant. Le décret de Newsom est immédiatement cadré comme une rebuffade au candidat républicain qui veut « garder l'industrie aussi dérégulée que possible ». C'est du théâtre politique à l'état pur.
D'un côté, Trump peut hurler à ses supporters que les démocrates étouffent l'innovation. De l'autre, Newsom peut se draper dans l'étendard de la protection publique, sans jamais s'attaquer aux vrais leviers de pouvoir de l'industrie qu'il chérit. Tout le monde y gagne, sauf le citoyen qui croira que quelque chose de concret a été fait pour encadrer la folie IA. La Silicon Valley, elle, respire : ses gros contrats privés et son modèle économique ne sont pas menacés. Juste quelques appels d'offres publics un peu plus chiants.
Conclusion : du vent dans les voiles de la campagne
Newsom n'est pas en train de réguler l'IA. Il est en train de gérer sa marque politique. Ce décret est un signal faible envoyé à une base électorale inquiète, un os à ronger pour les médias, et un clin d'œil rassurant à l'industrie : « Ne vous inquiétez pas, on ne touchera pas au business. Juste à l'apparence. »
La vraie bataille sur l'IA — celle sur la transparence des modèles, la propriété des données, l'impact environnemental, la désinformation à l'échelle — n'est pas dans ce décret. Elle est soigneusement évitée. En attendant, le gouverneur peut se vanter d'avoir « agi », et les lobbyistes de la tech peuvent retourner à leurs tableurs Excel, le sourire aux lèvres. L'opération est un succès.