Neurones protégés, toilettes sanctuarisées, licenciements algorithmiques sous surveillance. Gavin Newsom a signé jeudi un paquet de lois sur l'IA au travail, et une partie de la planète tech applaudit son courage. Respirez. On parle de l'État où siègent OpenAI, Google, Meta et Anthropic, qui vient d'inventer la protection des salariés version pilule placebo.
Ton patron peut encore te virer par algorithme interposé
Ce que disent les textes : un employeur ne peut plus s'en remettre entièrement à une machine pour décider s'il te met à la porte. Relisez le mot. « Entièrement ». Traduisez : il peut s'en remettre à 90 % à la machine, garder un humain pour signer, et cocher la case conformité. L'IA ne te licencie pas — elle te pré-sélectionne pour l'abattoir, et un cadre pressé valide la liste entre deux cafés.
Il faut aussi prévenir les salariés quand des licenciements sont causés par l'IA. Magnifique sur le papier. Qui vérifie ? Quelle amende ? Quel fonctionnaire californien va auditer la colonne « motif réel » d'un plan social déguisé ? Personne. On vient d'inventer l'aveu facultatif, et on l'a gravé dans le droit.
Bienvenue en 2025 : interdire les caméras dans les chiottes est une avancée
L'État le plus riche du monde vient de préciser qu'on ne filme pas ses employés pendant qu'ils pissent, et qu'on ne scanne pas les signaux électriques de leur cerveau pour évaluer leur motivation. Que ce genre de texte soit nécessaire devrait nous terrifier davantage que n'importe quelle annonce de licorne à 100 milliards.
La loi sur les données neuronales est d'ailleurs la plus utile du lot — mais elle vise surtout les casques grand public et la neurotech de consommation, pas les capteurs de productivité planqués dans ton badge. Encore une fois : on protège le consommateur, pas le salarié.
Suivez l'argent, il vous dira qui commande
Rappel de septembre 2024 : Newsom a veto le SB 1047, le seul texte un peu ambitieux sur la sécurité des modèles frontières. L'industrie a hurlé, le gouverneur a plié. Un an plus tard, il signe des lois de salubrité minimale et se pose en rempart contre les dérives de l'IA. Le timing n'est pas une coïncidence, c'est une stratégie de communication.
Et pendant ce temps, à Washington, on a tenté en juillet 2025 de glisser dans le budget fédéral un moratoire de dix ans interdisant aux États de légiférer sur l'IA. Le Sénat l'a retoqué 99 voix contre 1. Une seule. Voilà le vrai rapport de force. Les mêmes qui pleurent sur la régulation paient déjà des lobbyistes pour verrouiller la prochaine occasion.
Pendant que la Californie écrit des communiqués, le marché vend des dashboards
Le vrai danger n'est pas Skynet. C'est Workday, HireVue et compagnie, qui vendent depuis dix ans de la « gestion algorithmique » à des DRH ravies d'externaliser leur lâcheté. Ces outils n'ont pas besoin d'être performants — juste assez opaques pour qu'aucun salarié ne puisse contester. Une notification obligatoire ne change rien à ça. Un droit d'audit contraignant, oui. Il n'est pas dans le paquet.
Alors bravo, Californie. Tu as protégé les toilettes des salariés. Il te reste leur gagne-pain, leurs horaires, leurs évaluations et leur dignité. On reprend le dossier quand tu auras le courage de mordre la main qui finance ta réélection.