Meta vous annonce avec des trémolos dans la voix qu'elle ouvre le code de Muse, son agent IA, pour que vous puissiez fabriquer vos propres gadgets. ESP32, Raspberry Pi, écran E Ink couleur, clé HDMI, petit écran tactile, et même de quoi bricoler un ersatz de « Muse Charm ». Traduction : Meta vous donne les SDK. Vous, vous payez la quincaillerie, le temps, la sueur, et surtout les plâtres. C'est ça, la générosité au rabais de la maison Menlo Park.
L'aumône open source, version 2025
Réjouissons-nous : Meta daigne publier des SDK pour communiquer avec son agent. Pas le modèle. Pas les poids. Pas l'entraînement, ni les données qui l'ont nourri, ni la moindre ligne sur ce que le serveur fait de vos requêtes. Juste la prise USB, en gros. Le code qui vous permet de brancher Muse, pas de le comprendre, encore moins de le reproduire.
Ce n'est pas de l'open source. C'est du merchandising. Le carton d'emballage est gratos, le produit reste sous clé.
Le hardware, c'est vous qui payez l'addition
Souvenez-vous des chiffres. Reality Labs, la division qui devait nous vendre le métavers, a aligné plus de 60 milliards de dollars de pertes depuis 2020, dont près de 18 milliards sur la seule année 2024. Le Quest se vend sans casser des briques, les lunettes Ray-Ban font des photos sympas et c'est à peu près tout, et l'IA incarnée façon Humane AI Pin et Rabbit R1 a viré au gag industriel.
Meta a compris la leçon : produire et vendre du matériel, c'est cher, c'est risqué, et ça se termine en dépréciation d'inventaire. Alors Meta fait faire le prototype à la communauté. Si le gadget esp32 à quatre dollars d'un maker de Lyon devient le prochain objet indispensable, Meta encaisse la plateforme. S'il finit à la poubelle, Meta n'a rien perdu.
ESP32 à 4 dollars contre 60 milliards brûlés
Le contraste est savoureux. Une puce ESP32 coûte quelques dollars. Un Raspberry Pi Zero, une vingtaine. Un écran E Ink couleur, moins de cent. Avec ça, un type dans son garage peut faire ce que Meta n'a pas réussi à industrialiser avec un budget de puissance régionale. La leçon est brutale : le hardware IA n'a jamais été un problème de technologie. C'est un problème de modèle économique. Et Meta vient d'admettre, en filigrane, qu'elle ne l'a pas résolu — elle le refile aux bénévoles.
Le vrai produit, c'est vous
Posons la question méchante. Un gadget Muse connecté à l'agent de Meta, il envoie quoi au serveur ? Vos rappels ? Vos capteurs ? Votre pièce ? Vos habitudes ? Meta n'ouvre pas son agent par bonté d'âme. Elle ouvre un canal d'acquisition vers un modèle fermé, sur des appareils qu'elle n'a pas à concevoir, distribuer ni assurer. Chaque bricoleur devient un point d'entrée gratuit vers l'écosystème. Chaque gadget devient une sonde. C'est le modèle Android ou l'Open Compute Project appliqué à l'IA incarnée : commoditiser la couche du dessous pour mieux verrouiller celle du dessus.
Ne dites pas merci
Chers makers, continuez à bricoler, c'est votre droit et c'est même joli à regarder. Mais ne confondez pas cadeau et appât. Et vous, Meta : si vous croyez vraiment au matériel ouvert, publiez les poids du modèle, documentez ce qui remonte au serveur, et laissez la communauté héberger Muse chez elle. Tant que ce n'est pas le cas, votre « open source » est une laisse peinte en vert. Jolie laisse, cela dit.