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Montana, le permis de tuer à 12 500 dollars

Le Montana autorise la vente de médicaments testés sur une dizaine de cobayes moyennant 12 500 dollars. Bienvenue dans l'Amérique où la sécurité sanitaire s'achète comme une licence de pêche.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : MIT TECHNOLOGY REVIEW
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Bienvenue au Montana, nouvel État-cobaye de l'Amérique. Dès cette semaine, n'importe quelle startup biotech avec un médicament à moitié testé peut le refiler aux consommateurs. Conditions : avoir fait avaler la pilule à une dizaine de volontaires, et débourser 12 500 dollars pour un label de complaisance. Une paille, quand on sait que le prix d'une vie humaine n'a jamais été aussi bas.

Le Far West version Clinical Trials

Les tests préliminaires, dits de phase 1, sont censés évaluer la toxicité d'un produit sur un petit groupe. Sur 10 personnes, en général bien portantes, pas vraiment représentatives de la population. Mais qu'importe : au Montana, ce gadget statistique suffit pour passer à la caisse. On paye, on reçoit le tampon « approuvé » — le fameux rubber stamp — et on ouvre les vannes du commerce. Les malades, eux, n'ont qu'à prier pour que le hasard fasse bien les choses.

Le plus beau, c'est le nom de l'entité qui délivre ce sésame : un review board fraîchement créé, financé par qui ? Les candidats, évidemment. Le contribuable, pendant ce temps, paiera les pots cassés quand un cobaye de plus finira aux urgences. C'est beau le libéralisme, ça.

Suivez l'argent, comme d'habitude

Qui a poussé cette loi ? Les habituels lobbyistes de la « médecine personnalisée » et autres vautours du bio-business. Le Montana, avec sa faible densité de population et ses élus faciles à convaincre, est devenu le paradis fiscal de l'expérimentation humaine. Attendez-vous à voir fleurir des cliniques mobiles au milieu des ranches, avec des pancartes « On teste, on vend, on verra ». Le gouverneur, lui, se frotte les mains : les taxes et les emplois. Les électeurs, eux, ont signé pour devenir des rats de laboratoire à ciel ouvert.

Ce qu'on ne vous dit pas

On oublie de préciser que cette « avancée » ouvre la porte à des médicaments dont l'efficacité n'est prouvée contre rien. Les études de phase 1 ne mesurent pas l'efficacité, uniquement la tolérance à des doses dérisoires. Autrement dit, vous allez acheter des placebos premium avec effets secondaires inconnus. Et si le produit est un échec, la startup s'évanouit, les actionnaires se pavanent déjà ailleurs, et les victimes n'auront que leurs yeux pour pleurer. Les avocats, eux, préparent déjà leurs factures : les procès en responsabilité vont être juteux.

Qui se goinfre, qui se fait rouler

Les gagnants : les biotechs, les cabinets d'avocats, les élus locaux qui vendent du rêve. Les perdants : les patients désespérés qui croient acheter un espoir, les contribuables qui paieront les conséquences, et la science elle-même, transformée en femme de chambre de l'argent roi. Alors bravo, Montana. Tu viens d'inscrire dans la loi le plus vieux mantra de l'industrie : caveat emptor, que le naïf se démerde. Quant aux autres États, surveillez vos arrières : cette mode de la dérégulation sanitaire est contagieuse, et elle se propage plus vite que les maladies que vos nouvelles pilules miracle devraient soigner.

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