Le sauveur de l'humanité a besoin d'un garde du corps
San Francisco, nuit du 4 juillet. Pendant que les Américains célébraient leur indépendance avec des feux d'artifice, un spectateur moins enthousiaste a choisi un mode d'éclairage plus direct pour la résidence de Sam Altman. Un cocktail Molotov, lancé contre la propriété du CEO d'OpenAI. L'engin n'a pas explosé. L'anecdote serait presque drôle si elle ne révélait pas l'épaisse couche de folie qui recouvre désormais la Silicon Valley.
De la HQ aux threats HQ
Après cette tentative d'embrasement domestique, l'individu – dont l'identité n'a pas été révélée – a pris la direction du 3175, Bryant Street, le siège d'OpenAI. Là, il s'est contenté de proférer des menaces avant de se faire cueillir par les forces de l'ordre. Pas de seconde tentative pyrotechnique. Comme si le message était déjà passé : vous n'êtes pas intouchables. Même dans vos maisons de maître.
L'IA, nouvelle religion, nouveaux martyrs (potentiels)
Altman, le prophète auto-désigné d'une intelligence artificielle « bénéfique pour l'humanité », collectionne les titres messianiques et les apparitions au Congrès. Il prêche la prudence tout en poussant sa startup à une vitesse de fuite. Résultat : il cristallise toutes les peurs, toutes les haines, tous les délires. L'attaque n'est probablement pas le fait d'un concurrent – dans la tech, on utilise des procès, pas des explosifs artisanaux – mais d'un individu isolé, radicalisé par le récit apocalyptique que les Altman et consorts vendent depuis des années.
Sécurité renforcée, arrogance inchangée
Les villas de Pacific Heights sont désormais des forteresses. Les CEO ont des équipes de protection. L'incident n'a fait aucun blessé. Tout est sous contrôle. Sauf que le vrai problème n'est pas matériel. C'est l'écart abyssal entre une poignée d'hommes qui se prennent pour les architectes du futur et une société qui les perçoit de plus en plus comme une caste déconnectée et dangereuse. Vous pouvez acheter des caméras et des barbelés. Vous ne pouvez pas acheter la légitimité.
Quand le récit de la « responsabilité » prend feu
OpenAI a communiqué avec le sérieux d'une entreprise cotée en bourse, exprimant sa gratitude envers les services de sécurité. Standard. Propre. Assez hypocrite. Parce que le même Sam Altman qui met en scène ses angoisses existentielles devant le Sénat est aussi celui qui a précipité une course à l'armement technologique sans précédent. On ne peut pas jouer avec les peurs des gens et s'étonner quand ces peurs se manifestent sous une forme concrète, même marginale.
Le Molotov était un raté. Le prochain ne le sera peut-être pas. Et pendant ce temps, dans leurs bureaux climatisés, les apôtres de l'IA continuent de débattre du « risque existentiel » que leurs propres créations pourraient représenter. L'ironie est tellement épaisse qu'on pourrait presque y mettre le feu.