Le plan de carrière de Suleyman, ou comment recycler un échec en promotion
Mustafa Suleyman, l'ex-cofondateur de DeepMind devenu l'inaugural CEO of AI de Microsoft, vient de se voir offrir une nouvelle mission : chasser la superintelligence. Traduction corporate : on lui retire des responsabilités opérationnelles pour le mettre sur un projet si lointain et hypothétique que son échec ne pourra être mesuré avant des années. Pratique. Il confie au Verge avoir préparé cette transition pendant neuf mois. Neuf mois à anticiper le moment où Microsoft admettrait, sans le dire, qu'elle est structurellement dépendante d'OpenAI et qu'il lui faut un plan B – ou un alibi.
La "superintelligence", cache-sexe de la dépendance stratégique
La restructuration de mi-mars et le recentrage de Suleyman ne sont pas une avancée audacieuse. C'est l'aveu d'une faiblesse. Microsoft a mis 13 milliards de dollars dans OpenAI, s'est greffé à son modèle, et se retrouve à jouer les seconds couteaux dans la révolution qu'elle prétend mener. Le "renégociation du contrat" avec OpenAI qui a officiellement "débloqué" la quête de superintelligence n'est qu'un habillage. La vérité est plus crue : Redmond a compris qu'être le portefeuille d'une autre entreprise, même génialement financée, est une position intenable à long terme. Alors on lance un projet phare pour la galerie.
Le jeu de dupes du calendrier
Suleyman affirme que tout cela était "un plan de longue date", envisagé "avant même que l'encre ne sèche" sur l'accord OpenAI. C'est le discours classique de l'exécutif qui réécrit l'histoire pour donner du sens à un repli stratégique. On ne vous annonce pas un changement de cap dû aux circonstances ; on vous vend une vision prophétique. Pendant ce temps, l'essentiel du business AI de Microsoft – Azure, Copilot, l'intégration dans Office – reste accroché aux modèles d'OpenAI. La "superintelligence" est le rêve qu'on agite pour qu'on ne regarde pas trop les ficelles de la dépendance actuelle.
Business as usual, avec un vernis futuriste
Ne vous y trompez pas. Cette annonce n'a rien d'une rupture technologique. C'est une manœuvre de gestion de portefeuille de talents et de communication. On donne à Suleyman, figure médiatique de l'IA, un playground prestigieux et sans pression de résultat immédiat. Cela permet à Microsoft de maintenir le récit qu'elle est à la pointe, tout en continuant à monétiser férocement les outils d'IA actuels, bien réels et bien rentables, grâce à son partenariat. La quête de la superintelligence est le rideau de fumée parfait : suffisamment excitant pour les actionnaires, suffisamment vague pour ne jamais être tenu pour responsable.
La vérité, que Suleyman ne dira pas, est que le vrai "superintelligence game plan" de Microsoft est un plan business classique : diversifier ses paris, contrôler son narratif, et s'assurer que même si un autre joueur invente l'avenir, Microsoft en tirera un profit. Comme d'habitude.