Microsoft a donc dévoilé sa « super app » Copilot. Trois onglets — Home, Code, Autopilot — une interface unifiée, et un communiqué qui ose le mot « influence » dans la même phrase qu'Office. Respirez. Comptez jusqu'à trois. Recommencez.
Résumons ce qu'on nous vend comme un basculement civilisationnel : trois onglets. Chat d'un côté, code de l'autre, agents au milieu. Vous avez déjà tout ça, dispersé, dans des produits que vous payez peut-être déjà. La révolution, cette fois, c'est un menu de navigation.
Scout devient Autopilot : le nom le plus mal choisi de la décennie
Accrochez-vous à celle-là. Microsoft avait lancé Scout, son assistant personnel IA, à son Build plus tôt cette année. Le voilà rebaptisé Autopilot. Autopilot. Comme le système d'assistance Tesla qui a fait l'objet d'enquêtes après des accidents mortels, et dont le nom même a été jugé trompeur sur ce que la machine sait réellement faire.
Vous ne pouviez pas trouver mieux, Microsoft. Vous avez choisi, pour désigner un agent censé agir en votre nom, l'appellation commerciale la plus associée dans l'imaginaire collectif à « le conducteur ne conduit plus vraiment ». Ce n'est pas un détail de branding. C'est une déclaration d'intention sur le niveau de vigilance qu'on attend encore de vous.
Et pendant ce temps, chez Tesla, on rêve encore d'un vrai autopilot. Chez Microsoft, on en a un depuis mardi. Sur un onglet.
L'analogie avec Office : un aveu, pas un compliment
« Aussi influent qu'Office ». Sortez le champagne. Office, rappelons-le pour les plus jeunes, ce n'est pas une success story de design — c'est un verrou. Des formats de fichiers propriétaires, des contrats entreprises négociés à l'échelle du siècle, et une inertie administrative qui a rendu tout remplacement douloureux pendant trente ans. Office a gagné parce qu'il était impossible à enlever, pas parce qu'il était bon.
Quand Microsoft compare Copilot à Office, il ne dit pas « on a inventé quelque chose de génial ». Il dit : « on compte sur le fait que vous ne pourrez plus partir ». C'est un objectif de rétention déguisé en ambition produit. Et c'est infiniment plus honnête que le reste du communiqué.
Suivez l'argent : le vrai produit, c'est votre facture Azure
Chaque requête d'un agent Copilot consomme du calcul. Ce calcul tourne sur Azure. Microsoft vend donc à la fois l'abonnement — Microsoft 365 Copilot, annoncé à 30 dollars par utilisateur et par mois lors de son lancement — et la puissance de calcul nécessaire pour que l'abonnement serve à quelque chose. Client des deux côtés du comptoir. Difficile de rêver mieux comme modèle économique, à condition que vous cliquiez.
Le « Today », ce tableau de bord personnalisé qui doit atterrir dans l'onglet Home, ne sert pas à vous simplifier la vie. Il sert à vous ramener. Chaque jour. Une page d'accueil qui vous connaît mieux que votre agenda, alimentée par vos mails, vos fichiers, vos réunions. Le nerf de la guerre n'est pas l'IA : c'est le point d'entrée. Celui qui contrôle l'écran par défaut contrôle ce que vous pensez être urgent.
Trois onglets, zéro stratégie lisible
Une super app, dans le vocabulaire de la Silicon Valley, c'est généralement l'aveu qu'on a raté ses produits séparés. On ne fusionne pas des applications qui gagnent leur catégorie. On les fusionne quand elles se marchent dessus, quand l'utilisateur ne sait plus laquelle ouvrir, quand les équipes internes se battent pour la même métrique d'engagement.
Chat, Code, Agents. Trois promesses, trois niveaux de maturité, trois façons de se tromper. Et à la manœuvre, Mustafa Suleyman et son équipe Microsoft AI, qui doivent désormais faire tenir ensemble un assistant conversationnel, un environnement de développement et des agents autonomes sous un seul logo — le tout en rebaptisant au passage ce qu'ils avaient annoncé il y a six mois.
Un rebranding à mi-parcours, ce n'est pas de la vélocité. C'est de l'improvisation. Et une « super app » qui change de nom avant même d'avoir convaincu quelqu'un, c'est une app qui cherche encore ce qu'elle est.
Alors non, Microsoft. Ce n'est pas Office. Office, au moins, faisait ce qu'il disait sur la boîte. Vous, vous nous vendez trois onglets, un nom de système défaillant, et une facture qui monte. On a connu des révolutions plus convaincantes. Et surtout, on en a connu qui ne demandaient pas la permission de vous garder.