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Meta ressuscite le Tamagotchi pour promener Muse en laisse

Meta a accouché d'un Tamagotchi pour son agent IA Muse, pendant que Reality Labs continue de brûler plus de 60 milliards de dollars depuis 2019. Le gadget que personne n'a demandé, la donnée que tout le monde paiera.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : TECHCRUNCH AI
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Meta a trouvé la prochaine étape de sa feuille de route : un Tamagotchi. Un petit bloc de plastique à porter sur soi, censé faire vivre Muse, son agent IA, en dehors de l'écran du téléphone. Vingt-neuf ans après Bandai, la Silicon Valley redécouvre le porte-clés qui bip.

Réjouissez-vous. Pendant que Reality Labs continue de transformer des milliards en cendres, Mark Zuckerberg vous propose de sortir son IA en laisse.

Le gadget que personne n'a demandé

Rappelons le décor. Depuis 2019, la branche « réalité » de Meta a accumulé plus de 60 milliards de dollars de pertes opérationnelles. Rien qu'en 2024 : 17,7 milliards. Le metaverse devait remplacer le monde réel. Le monde réel a poliment décliné.

Alors Meta recycle. Après les lunettes Ray-Ban — le seul produit hardware de la maison qui ne finit pas au cimetière —, après le prototype Orion agité sur scène en 2025 comme un lapin tiré d'un chapeau, voici le Tamagotchi à intelligence artificielle. Le schéma est limpide : à chaque trimestre de sang dans Reality Labs, un nouveau gadget pour la galerie et une slide pour les analystes.

Souvenez-vous du Portal. Souvenez-vous de la montre connectée annulée avant même d'exister. Le hardware Meta, c'est une industrie de prototypes qui n'atteignent jamais l'étagère du salon.

Muse, ou l'IA qui a besoin d'un doudou

Le message subliminal du produit est dévastateur. On vous répète depuis trois ans que l'IA sera partout, ambiante, invisible, fondue dans le décor. Traduction par le concret : elle a besoin d'un objet dédié, d'une béquille physique, d'un gri-gri qui bipe pour exister autrement qu'en se trompant de bouton dans WhatsApp.

Meta revendique 1 milliard d'utilisateurs mensuels pour Meta AI. Chiffre magnifique. Combien d'entre eux l'ont ouvert autrement qu'en effleurant une icône par accident ? Combien lui ont parlé deux fois ? Le Tamagotchi, au moins, avait l'excuse d'être le premier.

Et le nom. Muse. Doux, artistique, vaguement inspirant. Ça sonne mieux que « Llama-4-405B-instruct » sur un packaging. Le marketing nomme, l'ingénieur subit.

Suivez l'argent, il ne passe pas par le plastique

Qui se goinfre ? Pas le fabricant, qui prendra sa marge et retournera à ses lunettes. Le vrai business n'est pas dans l'objet, il est dans le flux. Un agent vocal portatif, c'est un microphone permanent, une caméra qui traîne, un contexte capté en continu. Chaque interaction est une donnée. Chaque donnée nourrit le modèle. Chaque modèle rend le prochain gadget un peu plus « pertinent ».

Vous ne payez pas le Tamagotchi. Vous êtes le Tamagotchi.

Le modèle de 1996 n'avait ni micro, ni capteur, ni connexion permanente, ni politique de confidentialité de quatorze pages. C'est peut-être précisément pour ça qu'on l'aimait.

L'angle mort : le hardware comme argument boursier

Meta n'a pas besoin que ce produit se vende. Meta a besoin qu'il existe. Un objet physique, c'est une démonstration lors des earnings calls, une photo dans le keynote, une preuve qu'on ne jette pas l'argent par les fenêtres mais qu'on le place dans « l'avenir du calcul ». L'actionnaire veut une histoire. Le Tamagotchi est une histoire.

Le problème, c'est que l'actionnaire commence à savoir lire. Le marché a déjà montré qu'il pouvait massacrer un titre sur une phrase mal choisie. Continuer à financer un cimetière de prototypes avec les revenus de la publicité n'est pas une vision, c'est une fuite en avant déguisée en roadmap.

Ce qu'on ne vous dit pas

On ne vous dit pas que le vrai concurrent de ce gadget n'est pas OpenAI, ni Apple, ni Google. C'est votre téléphone, que vous avez déjà dans la poche, qui fait déjà tourner un assistant, et que vous n'utilisez déjà pas.

On ne vous dit pas non plus que le précédent Tamagotchi a vendu plus de 80 millions d'unités — mais qu'il coûtait le prix d'un sandwich, ne demandait aucune donnée personnelle et ne prétendait pas refonder l'humanité numérique.

Alors messieurs de Menlo Park : si vous voulez vraiment qu'on accroche votre IA à notre ceinture, commencez par nous dire ce qu'elle fait mieux que ce qu'on a déjà. Et tant que ce n'est pas le cas, gardez le plastique.

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