La Commission européenne a enfin ouvert les yeux. Dans un communiqué daté du 29 avril 2026, elle annonce avoir préliminairement constaté que Meta enfreint le Digital Services Act (DSA) en ne protégeant pas ses utilisateurs de moins de 13 ans. Une révélation ? Non, une blague qui traîne depuis des années. Meta savait, le régulateur savait que Meta savait, et rien n’a bougé. Jusqu’à aujourd’hui.
Le mensonge par défaut
Meta affiche dans ses conditions générales que l’âge minimum pour Instagram et Facebook est de 13 ans. Mais en pratique, la seule barrière est un formulaire où l’on peut entrer une fausse date de naissance. Pas de vérification, pas de pièce d’identité, pas de contrôle biométrique : juste un champ texte que même un enfant de 8 ans sait manipuler. La Commission le reconnaît enfin : « les mesures ne semblent pas efficaces ». Douce litote. En 2025, 12 % des inscrits sur Instagram en Europe avaient moins de 13 ans d’après une étude interne de Meta elle-même, révélée par un lanceur d’alerte. Mais personne n’a bougé.
Une indulgence payante
Pourquoi Meta n’a-t-elle pas renforcé ses contrôles ? Simple : les mineurs rapportent de l’argent. Plus d’utilisateurs, plus de temps d’écran, plus de données, plus de pubs. Le business model de Meta repose sur l’addiction des plus jeunes. Interdire l’accès aux moins de 13 ans, ce serait perdre des millions de comptes, et donc des milliards de revenus publicitaires. La Commission le sait. Elle a préféré laisser faire pendant des années, en échange de contributions polies aux consultations publiques. Aujourd’hui, elle sort un rapport préliminaire. Une tape sur les doigts avant l’amende. L’amende maximum ? 6 % du chiffre d’affaires mondial, soit environ 7 milliards d’euros. Mais ne rêvez pas : Meta négociera une réduction, promettra des « mesures correctives » et tout rentrera dans l’ordre.
Qui se goinfre, qui se fait rouler
Les gagnants ? Les avocats de Meta, les consultants en conformité, et les actionnaires qui verront l’action baisser de 0,5 % le temps d’un communiqué, avant de remonter. Les perdants ? Les gamins de 11 ans exposés à des contenus inappropriés, des algorithmes manipulateurs et des publicités ciblées. Mais ça, ce n’est pas dans le champ du DSA. Pas encore. La Commission promet des « lignes directrices » pour 2027. En attendant, laissez vos enfants cliquer, Meta s’en charge.
Le vrai scandale
Le problème n’est pas que Meta enfreint la loi. Le problème est que la loi est conçue pour être contournée. Le DSA impose une « diligence raisonnable », mais pas de vérification d’âge obligatoire. La Commission pourrait imposer une solution technique, comme l’Age Verification Solution qu’elle évoque timidement. Elle ne le fait pas. Pourquoi ? Parce que cela nécessiterait des moyens, de la volonté politique, et surtout un conflit frontal avec les géants américains. Alors on temporise, on préfère annoncer des enquêtes plutôt que des sanctions. Et Meta continue de compter ses oursons numériques.
Bravo, Commission. Vous avez découvert l’eau tiède. Maintenant, agissez. Ou taisez-vous.