Un écran. Une ficelle. Un capteur d'empreinte. Voilà ce que Meta ose appeler un produit. Baptisé Muse Charm, l'objet a été exhibé quelques secondes par Mark Zuckerberg à la toute fin de son Meta Connect — cette grand-messe annuelle où l'on annonce beaucoup et où l'on livre peu. Le reste, il faut aller le lire chez The Verge, parce que le patron de Meta a surtout prouvé qu'il savait tenir une photo à la main.
Une montre sans bracelet, donc une montre sans heure
D'après les images, le Muse Charm ressemble à une grosse montre connectée à laquelle on aurait arraché le bracelet. Juste un grand écran, et une lanière pour se le pendre autour du cou. En haut à droite, un capteur d'empreintes : on pose le doigt, ça s'allume, on parle à l'agent Muse. Quelque part, une petite caméra. Sur la face avant, au moins trois trous pour les micros.
Traduisons pour les gens pressés : une webcam qui pend à votre poitrine, avec un assistant à bord pour justifier la facture. La révolution, on vous la résume : ne plus avoir à déverrouiller votre téléphone. Bravo. Ils ont donc inventé un objet supplémentaire à recharger, à perdre, et à porter sur soi en permanence. Des ingénieurs à six chiffres ont planché là-dessus.
Trois micros, une caméra, un lecteur d'empreinte : l'annuaire de votre vie privée
Meta n'a rien dit sur le traitement des données. Rien sur le stockage. Rien sur les tiers. Rien sur ce qui sort de l'appareil et ce qui reste dedans. À la place, on vous vend un capteur d'empreintes — de la biométrie, dans un objet qu'on porte à même la peau — comme si c'était un gage de sérieux. C'est surtout le point de contact le plus intime que la société ait jamais réussi à faire porter à ses utilisateurs.
La lanière, ce n'est pas un accessoire de mode. C'est une caméra qui pointe exactement là où vous pointez. Un micro qui capte exactement les conversations dans lesquelles vous êtes. Meta vit de l'attention et du profilage depuis vingt ans : il serait naïf de croire que ce collier-ci sert à autre chose qu'à élargir la collecte.
Pas de prix, pas de date, pas de specs. Demandez-vous pourquoi
Quand un constructeur montre un objet trente secondes en clôture de keynote sans annoncer ni tarif, ni disponibilité, ni fiche technique, il ne fait pas une annonce. Il teste une réaction. C'est la méthode Meta depuis le Meta Portal, ce hub visio-photo génial qui devait envahir les salons et qu'on a discrètement débranché en 2022. C'est la méthode Meta depuis la montre connectée abandonnée, depuis le métavers à lunettes qui a coûté une décennie de crédibilité à la maison.
Le seul vrai succès matériel de Meta s'appelle Ray-Ban Meta. Et il tient en grande partie à trois lettres : Ray-Ban. Le jour où Meta a dû mettre son propre nom sur l'objet, ça s'appelait Portal.
Reality Labs, le trou noir à plus de 70 milliards de dollars
Où va l'argent ? Reality Labs perd plusieurs milliards par trimestre, et le cumul des pertes opérationnelles depuis 2020 dépasse 70 milliards de dollars. La division ne rapporte quasiment rien. Ce trou, il est comblé par la publicité d'Instagram et de Facebook — c'est-à-dire par les annonceurs, c'est-à-dire, en bout de chaîne, par vous. Chaque Muse Charm offert au monde est payé par un feed que quelqu'un d'autre a subi.
Ce que personne n'ose dire
Alors, Mark, on pose la question franchement. Vous avez pris les lunettes Ray-Ban, vous leur avez retiré le style, vous avez ajouté une ficelle, et vous avez collé le mot « IA » dessus. Les gens qui veulent parler à un assistant sans déverrouiller leur téléphone existent depuis longtemps. Ça s'appelle un écouteur. Ça coûte trente euros, ça tient dans une poche, et ça ne vous filme pas.
Quant à vous, lecteurs, souvenez-vous d'une chose simple : quand un objet est toujours avec vous, n'a pas de prix affiché et n'a pas de date de sortie, ce n'est pas un produit. C'est un appât. Et pendant que vous porterez le collier, quelqu'un tiendra la laisse.