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Manus lève 500 millions pour oublier d'où elle vient

Boyu Capital et IDG Capital pilotent un demi-milliard, avec Tencent, HSG et ZhenFund à la traîne. Le capital chinois n'a jamais quitté le navire — il a juste changé de pavillon. Et la valorisation, tiens donc, n'est pas dans le communiqué.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : TECHCRUNCH AI
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500 millions de dollars. C'est le tarif affiché d'un oubli soigneusement organisé.

Manus, l'agent IA qui a affolé les timelines au printemps 2025 — rappelez-vous les codes d'invitation revendus au marché noir sur les places de marché chinoises — vient de boucler son premier tour de table depuis sa brouille avec Meta. Boyu Capital et IDG Capital mènent la danse. Tencent, HSG (ex-Sequoia China, le changement de nom n'a jamais modifié que la liste des invités) et ZhenFund remettent au pot.

Un demi-milliard. Pour un produit qui n'a toujours pas expliqué comment il gagne sa vie.

Suivons l'argent, puis suivons-le encore

L'histoire officielle du déménagement, c'est celle d'une startup chinoise devenue mondiale : siège transféré à Singapour, équipes locales remerciées, comptes sociaux chinois effacés, discours aseptisé. Une entreprise sans passeport, vendue comme apatride.

Le communiqué de presse, lui, raconte autre chose. Les actionnaires historiques — Tencent, HSG, ZhenFund — sont toujours là, alignés au premier rang. Traduction : le capital chinois n'a jamais quitté le navire. Il a juste changé de pavillon. Vous appelez ça une internationalisation, nous appelons ça un maquillage, et la facture de maquillage est payée par les nouveaux entrants.

L'épisode Meta, ou l'art du trou de mémoire

Sur la rupture avec Meta, personne ne veut s'épancher. Ni les intéressés, ni les communicants, ni les investisseurs. On comprend pourquoi : une séparation raconte toujours qui a voulu partir et qui s'est fait lâcher, et dans les deux cas, quelqu'un a mal négocié. Le silence est ici un document comptable.

Retenez la séquence : d'abord un buzz viral, ensuite une levée américaine retentissante, puis un exil vers Singapour dès que la question réglementaire est devenue trop encombrante, et enfin ce tour de table asiatique de plus de 500 millions. Manus n'a pas une stratégie produit. Manus a une stratégie de fuite en avant, exécutée avec une discipline remarquable.

Ce que le communiqué ne dit pas

Un : la valorisation. Elle est absente. Quand une société lève un demi-milliard et refuse d'afficher son prix, ce n'est pas de la pudeur, c'est un aveu. Soit le chiffre est décevant au regard du battage, soit il fragilise les précédents actionnaires au point qu'il vaut mieux le taire.

Deux : le coût réel d'un agent. Un agent IA autonome, ce n'est pas un chatbot qui écrit des haïkus. C'est un moteur à brûler du calcul. Chaque tâche décomposée en dizaines d'appels de modèles, chaque itération qui échoue et recommence, chaque seconde de raisonnement facturée par un fournisseur. La marge d'un agent est structurellement mauvaise, et personne, dans ce tour de table, n'a envie de le dire à voix haute. Les 500 millions ne financent pas une expansion : ils financent une facture d'inférence.

Trois : la douve. Il n'y en a pas. OpenAI, Anthropic, Google ont tous fait de l'agent leur priorité. Manus détient un tour de main et une avance de dix-huit mois, pas une forteresse. Dix-huit mois, en IA, c'est une saison.

À Boyu, IDG, Tencent et consorts

Vous financez quoi, exactement ? Une équipe qui a changé de nationalité plus vite que de feuille de route, un produit dont l'économie unitaire n'a jamais été démontrée, et une propriété intellectuelle qui intéresse davantage les régulateurs que les clients. Vous avez le droit d'y croire. Vous n'avez pas le droit de faire croire aux autres que c'est de l'investissement et non du pari.

Quant à ceux qui nous expliquent depuis un an que Manus incarne la revanche de l'IA chinoise : regardez où va l'argent. Pas en Chine, pas aux États-Unis. À Singapour, dans une structure juridique taillée sur mesure, avec des actionnaires chinois et un discours occidental. C'est ça, la mondialisation version 2026 : plus personne ne gagne le match, mais tout le monde paie l'arbitre.

500 millions. Pour l'instant, le seul exploit vérifiable de Manus, c'est d'avoir convaincu tout le monde, en même temps, qu'elle n'était de nulle part.

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