Emmanuel Macron a trouvé une nouvelle croisade : sauver les enfants des griffes de l'IA. Pratique, quand on n'a pas réussi à sauver sa propre industrie technologique. Devant le sommet AI Impact à Delhi, le président français a brandi l'étendard de la régulation européenne, répondant aux critiques américaines avec la ferveur d'un bureaucrate qui découvre qu'Internet existe.
La morale en étendard, l'échec en fond de tableau
Le timing est savoureux. Macron dénonce « des dizaines de milliers d'images sexualisées d'enfants » générées par Grok, le chatbot d'Elon Musk, alors que la France peine à produire un seul modèle d'IA compétitif à l'échelle mondiale. Pendant que le président sermonne, Mistral AI — le dernier espoir français — survit grâce à des investissements... américains. La leçon de morale cache mal l'amère réalité : l'Europe régule ce qu'elle ne produit pas.
Le G7, théâtre d'une diversion bien rodée
« Protéger les enfants » sonne toujours bien dans un discours. Surtout quand on préside le G7 et qu'on n'a rien de concret à annoncer sur la souveraineté technologique. Macron instrumentalise l'horreur légitime des abus pédosexuels pour faire oublier un détail gênant : les 3/4 des modèles d'IA avancés sont contrôlés par cinq entreprises américaines. L'Europe, elle, produit des règlements. Beaucoup de règlements.
La régulation, dernier refuge des impuissants
António Guterres et Narendra Modi ont joint leurs voix aux avertissements sur les monopoles. Belle unanimité. Pendant ce temps, OpenAI, Google et Meta continuent de recruter les meilleurs chercheurs européens avec des salaires que nos start-ups ne peuvent même pas rêver d'égaler. La stratégie française ? Présider des sommets, pondre des chartes éthiques, et regarder le train de l'innovation passer. La régulation n'est pas une politique industrielle — c'est l'aveu d'un échec.
L'argent ne ment pas (contrairement aux discours)
Pendant que Macron joue au gendarme du numérique, les investissements dans l'IA européenne stagnent à des niveaux risibles comparés aux centaines de milliards déversés outre-Atlantique. Le plan « IA » français ? 500 millions sur 5 ans. OpenAI a levé plus que ça en une seule série de financement. On régule ce qu'on ne comprend pas, on moralise ce qu'on ne maîtrise pas, et on s'étonne ensuite de dépendre technologiquement de ceux qu'on critique.
La protection des enfants est nécessaire. L'hypocrisie stratégique, moins. Macron ferait mieux de s'inquiéter de l'abus numérique dont la France est victime : celui de sa propre impuissance.