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L'UE veut des autoroutes numériques, mais avec les péages habituels

La Commission européenne lance un nouvel appel à projets pour 'sécuriser' ses infrastructures dorsales. Traduction : après avoir laissé le marché construire un réseau fragile et dépendant, elle utilise maintenant l'argent public pour colmater les brèches que les opérateurs privés n'ont pas voulu financer. Un classique.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : EU DIGITAL STRATEGY
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La fuite en avant subventionnée

Le 17 mars 2026, la Commission européenne a ouvert son portefeuille – enfin, celui des contribuables – pour lancer un appel à études sur les 'Digital Global Gateways'. Le jargon est pompeux, l'intention est transparente : 500 millions d'euros du Mécanisme pour l'Interconnexion en Europe (MIE) sont sur la table pour financer des rapports, des analyses, des PowerPoint. Tout sauf des câbles concrets.

L'objectif affiché ? 'Identifier les risques, vulnérabilités et dépendances' des infrastructures dorsales de l'UE. Autrement dit, admettre officiellement ce que tout ingénieur réseau sait depuis dix ans : le continent s'est construit un réseau low-cost, hyper-centralisé, et terriblement fragile. Trop dépendant de quelques points de passage, trop peu redondant, et surtout, trop souvent propriété d'intérêts privés qui optimisent pour le profit, pas pour la résilience.

Qui va se servir à la mangeoire ?

Les dates parlent d'elles-mêmes : dépôt des dossiers jusqu'au 30 juin 2026. Trois mois et demi pour que les grands cabinets de conseil (les habituels : McKinsey, Deloitte, Capgemini) et les lobbies d'opérateurs télécoms préparent leurs dossiers. L'argent public servira à payer des études qui concluront, à n'en pas douter, qu'il faut... plus d'argent public pour déployer de nouveaux réseaux. La circularité parfaite.

Le vrai sujet, celui que l'appel évite soigneusement, c'est la dépendance. Dépendance aux équipementiers chinois (Huawei, ZTE) que l'on veut à la fois bannir et dont on ne peut pas se passer. Dépendance aux câbles sous-marins qui passent par des zones géopolitiquement sensibles. Dépendance à une poignée d'opérateurs (Deutsche Telekom, Orange, Telecom Italia) qui ont sous-investi pendant des années dans la robustesse, préférant les dividendes aux backbones redondants.

L'arnaque du 'risque' devenu opportunité de financement

La rhétorique est habile : on ne subventionne pas des entreprises, on 'sécurise l'Europe'. On ne comble pas les lacunes d'un marché défaillant, on 'atténue des vulnérabilités'. C'est le grand retour de l'État-providence... pour les infrastructures critiques que le secteur privé a volontairement laissé pourrir.

Pendant ce temps, les vrais problèmes – la fragmentation réglementaire, la guerre des prix qui étrangle l'investissement, l'absence de stratégie industrielle européenne sur les équipements – ne sont pas traités. On préfère lancer un appel à études. C'est moins conflictuel, et ça permet de distribuer des fonds sans froisser les amis du marché unique.

Résultat prévisible dans trois ans : une pile de rapports de 300 pages chacun, qui dormiront dans un tiroir de la Commission, tandis que les opérateurs auront engrangé des millions pour dire ce que tout le monde sait déjà. L'infrastructure restera vulnérable, mais quelques consultants se seront payé une nouvelle maison. L'Europe numérique, version farce.

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