Bruxelles, le 7 mai 2026. L'Union européenne annonce avoir trouvé un accord politique sur une « simplification » des règles de l'IA — le fameux Digital Omnibus. Une promesse de compétitivité, un effeuillage réglementaire qui sent bon le lobbying à plein nez. Et pour faire bonne mesure, on interdit les apps de « nudification » qui transforment vos photos de plage en Pinterest pour pervers. Bravo l'équilibre : on desserre la ceinture des GAFAM et on serre le boulard des petits malins qui font des deepfakes de cul.
Cinq mois, c'est le temps qu'il a fallu à la Commission pour pondre ce machin. Cinq mois pour « simplifier », c'est-à-dire repousser les échéances pour les systèmes à haut risque. Les systèmes biométriques, les infrastructures critiques, l'éducation, l'emploi, l'asile, le contrôle aux frontières — tout ça devra attendre le 2 décembre 2027 pour être régulé. Ceux intégrés dans des produits type jouets ou ascenseurs ? 2 août 2028. Vous avez bien lu : on donne deux ans de plus aux entreprises pour se mettre en conformité, sous prétexte qu'il faut « finaliser les normes techniques ». Traduction : laissez les machines décider qui embaucher, qui ficher, qui expulser, on verra plus tard.
Simplifier ou déguiser ?
Le Digital Omnibus était censé alléger le fardeau administratif des PME. Mais regardez qui applaudit : les mêmes qui ont les moyens de payer des bataillons de juristes et des consultants en conformité. Les géants de la tech peuvent se frotter les mains. Pendant ce temps, les petits acteurs — ceux qui auraient vraiment besoin de règles claires et rapides — restent dans le flou. La « simplification », c'est souvent un cadeau aux gros, emballé dans du papier recyclé.
Nudification : la paille et la poutre
Ah, et puis il y a la grande avancée sociétale : l'interdiction des applications de nudification. Ces logiciels qui, à partir d'une photo habillée, génèrent une version dénudée — le rêve humide de tout blackhat amateur. L'UE les bannit. Très bien. Mais posons la question qui fâche : combien de temps faudra-t-il pour que ces apps reviennent via des VPN, des serveurs offshore ou des modèles open source ? Interdire une appli, c'est comme interdire un couteau : ça n'empêche pas les gens de se couper. Le vrai problème, c'est le modèle économique des plateformes qui hébergent, monétisent et ferment les yeux. Mais toucher à ça, ce serait vraiment simplifier — et donc compliqué pour les actionnaires.
Les dates-clés : un calendrier de la procrastination
- 2 décembre 2027 : les règles pour la biométrie, l'éducation, l'emploi, l'asile, etc. entrent en vigueur.
- 2 août 2028 : pour les systèmes intégrés (jouets, ascenseurs).
- 5 mois : temps record pour passer du « on va simplifier » à « on va rien changer avant 2028 ».
La Commission se félicite. Le Parlement et le Conseil se congratulent. Pendant ce temps, les citoyens peuvent continuer à se faire fliquer par des algorithmes en attendant que les normes « techniques » soient prêtes. Et si vous êtes une femme, vous pouvez respirer : vos photos de vacances ne seront pas (officiellement) détournées. Mais vos données, elles, seront toujours aspirées par les mêmes acteurs qui financent les recherches sur la nudification. Joyeuse Europe, les amis.