Le hub qui soigne l'image, pas le mal
Le 16 avril prochain, la Commission européenne ouvre les vannes d'un nouveau 'préparatory action' pour un 'Free Media Hub'. Budget : 11 millions d'euros. Objectif affiché : soutenir les médias indépendants exilés de Russie, de Biélorussie et d'Ukraine. Beau geste ? Sauf que c'est comme poser un pansement sur une jambe de bois pendant qu'on vous ampute l'autre. Pendant que l'UE verse ces larmes crocodiles sur les journalistes *là-bas*, elle laisse crever les médias indépendants *ici*. En Pologne, en Hongrie, mais aussi en France où la concentration médiatique atteint des niveaux soviétiques. Ce hub, c'est l'alibi parfait : on peut se draper dans la vertu tout en ignorant le cancer qui ronge la liberté de la presse à l'intérieur de nos frontières.
11 millions pour faire oublier les 30 ans de démission
11 millions d'euros. Une poussière dans le budget de l'UE. À titre de comparaison, le groupe Vivendi (Bolloré) a dépensé plus en frais de justice pour museler des journalistes. L'action est 'préparatoire', c'est-à-dire qu'elle ne débouche sur aucune obligation légale, aucune directive contraignante. C'est du vent institutionnel. Un coup de com' pour faire oublier trois décennies de laisser-faire face aux oligarques des médias, à la concentration, aux pressions politiques. L'UE a superbement ignoré la lente agonie de la presse locale, le rachat des titres par des milliardaires aux agendas troubles, les coupes budgétaires dans le service public. Mais pour les exilés, elle trouve soudain un portefeuille. Pratique : les bénéficiaires sont loin, reconnaissants, et ne posent pas de questions gênantes sur l'état de la démocratie à Bruxelles ou Paris.
La coordination comme cache-misère
Le projet parle de 'foster coordination and consolidation of a pan-European platform'. Traduction : on va créer un réseau, des réunions, des rapports. L'UE adore coordonner. Coordonner, c'est l'antichambre de l'inaction. Pendant qu'on 'consolide la plateforme', les lois mordorées de Viktor Orbán étranglent les derniers médias critiques en Hongrie. Pendant qu'on 'favorise un environnement pluraliste', l'État français distribue ses millions de publicité officielle aux titres bien-pensants. Ce hub est une coquille vide destinée à donner l'illusion d'une action, tandis que les vrais leviers du pouvoir médiatique – la régulation, la propriété, les aides d'État – restent soigneusement hors de portée.
Qui en profite vraiment ?
Suivez l'argent. Ces 11 millions iront à des ONG, des think tanks, des structures d'accueil. Tout le microcosme bruxellois de la 'défense des médias' va se partager le gâteau. Des carrières se construiront sur les ruines de la liberté de la presse en ex-URSS. C'est le business de la vertu. Pendant ce temps, aucun euro ne sera destiné à protéger un journaliste d'investigation menacé en Pologne, à soutenir un média local indépendant en Italie, ou à contrer les achats hostiles de journaux par des oligarques. L'UE exporte sa conscience pour ne pas avoir à la regarder en face chez elle.
Conclusion : L'hypocrisie comme politique
Ce 'Free Media Hub' est un chef-d'œuvre de cynisme politique. Il permet à la Commission von der Leyen de se présenter en championne des libertés tout en courtisant les Orban et les Kaczynski de ce monde. Il offre un exutoire moral à bon marché. Et il détourne l'attention du seul vrai combat : celui pour une réelle diversité médiatique *en Europe*. La liberté de la presse ne se défend pas avec des hubs pour exilés. Elle se défend avec des lois anti-concentration, une indépendance réelle des rédactions, et le courage d'affronter les prédateurs locaux. Tout le reste n'est que littérature – et littérature financée par nos impôts.