Bruxelles, 5 mai 2026. La quatrième réunion du Digital Partnership Council UE-Japon s'est tenue dans la capitale belge. Et comme à chaque fois, les communiqués de presse ont déversé leur flot de novlangue régulatoire. Coopération renforcée, données, IA, quantique, semi-conducteurs — bref, le grand écart entre des ambitions marketées et une réalité qui sent le réchauffé.
La grande messe des autosatisfaits
Henna Virkkunen, la vice-présidente en charge de la souveraineté technologique (et de la démocratie, ça ne s'invente pas), a reçu ses homologues japonais pour un exercice de posture diplomatique. Hisashi Matsumoto (Digital), Yoshimasa Hayashi (Affaires internes), Toshiyuki Ochi (Économie) — autant de noms qui disparaîtront dès la prochaine rotation ministérielle. Pendant ce temps, les vrais décideurs, ceux des GAFAM et des keiretsu nippons, se marrent en coulisses. Le but de l'exercice ? Faire croire que l'Europe et le Japon peuvent réguler la tech sans heurter les sacro-saints intérêts économiques. Résultat : on empile des groupes de travail et des feuilles de route, pendant que les algorithmes continuent de collecter vos données sans vergogne.
Interopérabilité des identités numériques : le nouveau cauchemar de vos données
Parmi les annonces phares : des identités numériques interopérables. Traduction : un système de fichage transnational où vos faits et gestes numériques seront traçables de Bruxelles à Tokyo. Le tout au nom de la « commodité pour les citoyens ». Notez bien : pas un mot sur la sécurité réelle de ces identités, ni sur les risques de dérive autoritaire. Les citoyens ? Des vaches à lait consentantes. Les entreprises ? Celles qui vendent des solutions d'identité — Thales, Idemia, NEC — se frottent déjà les mains. Le vrai vainqueur, c'est le marché de la surveillance.
Les semiconducteurs : pour qui sonne le glas ?
L'UE et le Japon promettent de coopérer sur les puces. Super. Mais pendant ce temps-là, TSMC construit ses usines aux États-Unis, et Sony continue de dépendre des fabs taiwanaises. Les annonces de ce genre servent surtout à justifier des subventions monstres qui finiront dans les poches des mêmes conglomérats. Intel a déjà raflé 3,2 milliards d'euros sous le Chips Act européen ; le Japon a injecté des sommes comparables dans Rapidus. Et nous, on nous sert une « accélération » qui sent le greenwashing industriel.
Data flows : le pipeau réglementaire
L'amélioration des flux transfrontaliers de données ? Un cache-sexe sur le vrai problème : les accords de libre-échange qui autorisent les géants du numérique à rapatrier vos données vers des paradis juridiques. Le Digital Services Act (DSA) ? Une usine à gaz qui fait les choux gras des cabinets de conseil. Les commissaires européens enchaînent les réunions, mais les amendes pour non-respect du RGPD représentent encore moins de 0,1% du chiffre d'affaires des Big Tech. Belle « coopération ».
Conclusion : ce quatrième council n'est qu'un énième ballet bureaucratique. Les vrais sujets — la taxation des robots, la propriété des données, l'arrêt de l'extractivisme numérique — restent soigneusement évités. Alors messieurs Virkkunen, Matsumoto, Hayashi, Ochi : pendant que vous sirotez un café en parlant d'interopérabilité, les GAFAM et les Sony du monde entier vous remercient d'avoir encore repoussé les vrais débats. Les citoyens, eux, continueront à payer l'addition.