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Lucid Bots : 20 millions pour laver les vitres, ou pour laver plus vert ?

Lucid Bots empoche 20 millions de dollars pour ses drones laveurs de vitres, une solution présentée comme révolutionnaire pour la sécurité et l'écologie. Pendant ce temps, le marché peine à décoller et les questions sur le vrai bilan carbone de ces robots volants restent soigneusement évitées. Encore une levée qui sent bon le greenwashing high-tech.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : TECHCRUNCH AI
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Le conte de fées du nettoyage 4.0

Lucid Bots, cette startup qui promet de révolutionner le nettoyage des façades avec ses drones, vient de se faire un petit pactole de 20 millions de dollars. La raison invoquée ? Une « demande accélérée » pour ses robots laveurs de vitres et ses machines de nettoyage haute pression. Traduction : ils ont besoin de cash pour tenter de transformer un prototype prometteur en un business viable. Le tour de table, mené par IAG Capital Partners, sent bon le pari sur l'avenir, un avenir où chaque gratte-ciel aurait sa flotte de drones domestiques. Un joli scénario, presque trop.

La sécurité, alibi en toc d'une automatisation à tout prix

Leur argument choc ? La sécurité. Plus besoin d'hommes suspendus dans le vide, remplacés par des machines volantes. Un argument imparable, éthiquement correct, et superbement vendeur. Mais personne ne pose la vraie question : à quel prix cette sécurité est-elle obtenue ? Le coût d'acquisition faramineux de ces drones, leur maintenance complexe, et leur durée de vie limitée face aux éléments sont soigneusement passés sous silence. On remplace un risque humain par une dépendance technologique totale et un gouffre financier pour les entreprises de nettoyage. Belle avancée.

Le greenwashing à pleins rotors

L'autre pilier de la com’ de Lucid Bots : l'écologie. Moins d'eau, moins de produits chimiques. C'est le mantra. Mais avez-vous déjà regardé le cycle de vie complet d'un drone ? L'extraction des terres rares pour ses batteries, l'énergie grise de sa fabrication, son recyclage plus qu'hypothétique... Sans parler de l'électricité nécessaire pour le charger, souvent issue du charbon ou du gaz. Comparer la consommation d'eau d'un drone à celle d'un nettoyeur traditionnel, c'est comparer des pommes et des ordinateurs. C'est un écoblanchiment classique : on isole un seul paramètre (l'eau sur site) pour faire oublier l'ensemble de la chaîne, bien plus polluante.

Un marché qui décolle moins vite que les drones

Derrière le buzz, la réalité du terrain est moins glamour. Les réglementations aériennes dans les zones urbaines sont un cauchemar. L'assurance d'un drone de plusieurs kilos volant au-dessus des trottoirs est un parcours du combattant. Et la productivité réelle ? Elle est encore à prouver à grande échelle. Ces 20 millions servent surtout à financer une course contre la montre : prouver que le modèle est scalable avant que les investisseurs ne se lassent. Car pour l'instant, on est plus dans le proof-of-concept cher que dans la révolution industrielle.

Qui sont les vrais gagnants ?

Les gagnants immédiats sont connus : les fondateurs de Lucid Bots et leurs investisseurs, qui voient la valorisation de leur jouet technologique grimper. Les perdants potentiels ? Les entreprises de nettoyage traditionnelles, promises à une mutation forcée et coûteuse, et les ouvriers du secteur, à qui on promet une « reconversion » toujours aussi floue. Quant à la planète, elle se tape surtout une nouvelle gamme de déchets électroniques high-tech et une consommation énergétique déplacée, mais bien habillée en vert.

En résumé, Lucid Bots lève 20 millions pour vendre un rêve : un futur propre, sûr et automatisé. Un futur qui arrange surtout ceux qui vendent la technologie, pas nécessairement ceux qui doivent l'utiliser, ni l'environnement qu'elle est censée préserver. La vitre est propre, mais le miroir aux alouettes, lui, est bien poli.

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