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LinkedIn se rassure : l'IA n'a pas encore dévoré vos emplois, c'est juste la récession

Le réseau professionnel aux airs de CV-thèque mondiale publie des chiffres qui feraient pleurer un recruteur. La baisse de 20% des embauches ? Rassurez-vous, ce n'est pas la faute de l'IA, nous dit-on. Juste celle des taux d'intérêt. Comme si les deux phénomènes étaient mutuellement exclusifs.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : TECHCRUNCH AI
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Sortez les mouchoirs, préparez les larmes de crocodile. Dans un exercice de communication aussi subtil qu'un bulldozer, LinkedIn, la plateforme où l'on célèbre les « anniversaires de poste » comme des victoires personnelles, vient de publier ses dernières données sur le marché de l'emploi. Le verdict ? Les embauches ont dégringolé de 20% depuis 2022. Un chiffre qui tombe à pic pour détourner l'attention des licenciements massifs dans la tech, souvent justifiés par… l'efficacité accrue grâce à l'IA.

Le coupable idéal : les taux, toujours les taux

La narration officielle, servie tiède dans le communiqué, est d'une simplicité biblique : ce n'est pas l'Intelligence Artificielle qui tue les embauches, c'est la hausse des taux d'intérêt de la Fed. Trop cher d'emprunter, donc trop cher d'embaucher. Fin de l'analyse. Cette explication monofactorielle a le mérite de la clarté et de la commodité. Elle exonère élégamment toute la frénésie « AI-first » qui agite les comités de direction depuis un an et qui a pourtant un nom dans les rapports aux actionnaires : gains de productivité. Un euphémisme pour « faire plus avec moins de monde ».

La grande absente du rapport : l'automatisation rampante

Ce qui est fascinant, c'est ce que le rapport de LinkedIn choisit de ne pas quantifier. Aucune donnée sur la part des offres d'emploi mentionnant des compétences en IA ou en prompt engineering, pourtant en explosion. Aucune analyse sur la stagnation, voire la baisse, des postes juniors ou des tâches répétitives, les premières cibles des outils d'automatisation. Le lien de causalité est soigneusement évité. Pendant ce temps, dans le monde réel, les outils de screening de CV par IA trient des milliers de candidatures en secondes, et les chatbots mènent les premiers entretiens. Coïncidence ? LinkedIn, propriété de Microsoft (un petit acteur de l'IA, sans doute), ne semble pas faire le rapprochement.

Le marché se contracte, les profits de la tech se portent bien

Le plus savoureux dans cette histoire est le décalage abyssal entre le discours et la réalité financière. Les taux d'intérêt sont élevés, c'est un fait. Mais dans le même temps, les géants de la tech (ceux qui utilisent LinkedIn pour recruter… ou ne plus recruter) affichent des profits records. Les investissements en R&D pour l'IA battent tous les records. On licencie d'un côté pour « se recentrer sur l'IA », et on clame de l'autre que l'IA n'a rien à voir avec la baisse des embauches. C'est un tour de passe-passe sémantique qui mériterait une médaille.

« Pas encore » : l'aveu qui tue

Le titre original de l'analyse était révélateur : « …pas encore ». Ce « pas encore » est l'équivalent d'un médecin vous assurant que la tumeur est bénigne… pour l'instant. C'est la reconnaissance officieuse que le vrai séisme est à venir. LinkedIn, en bon baromètre du marché professionnel, sait parfaitement que la vague d'automatisation des tâches de recrutement, de gestion et de production n'en est qu'à ses prémisses. Aujourd'hui, on blame les taux. Demain, quand la reprise sera là mais pas les embauches, il faudra bien trouver une autre explication. Spoiler : elle aura trois lettres.

Alors oui, LinkedIn a techniquement raison. L'IA n'est pas le seul facteur de la baisse actuelle. Mais servir cette vérité partielle comme un antidote à l'inquiétude générale, c'est soit de la naïveté crasse, soit du cynisme de haut vol. Dans les deux cas, ça ne rend pas votre prochain « #OpenToWork » plus rassurant.

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