Hangzhou, Chine — Une nouvelle ère s'ouvre dans le capitalisme tardif : un employé nommé Zhou, embauché en 2022 comme superviseur qualité pour des modèles de langage, s'est fait remplacer par une IA. La justice chinoise lui a accordé 28 000 £ de dommages. Une misère, en somme, quand on sait que sa boîte a économisé bien plus en salaires et charges. Mais c’est le geste qui compte, non ? Surtout quand il permet aux médias de titrer sur le « bel équilibre entre adoption enthousiaste de l’IA et sécurité de l’emploi ». On adore ces formules creuses.
Le remplacement du remplaçant
Zhou travaillait dans une entreprise tech de Hangzhou — le genre de boîte qui pond des chatbots « révolutionnaires » tous les trois mois. Sa mission : vérifier que les IA ne disaient pas n’importe quoi. Ironie du sort : une IA a jugé qu’elle pouvait faire son boulot plus vite, moins cher, et sans réclamer une pause-cigarette. Zhou a reçu son préavis par email automatisé. Le comble ? L’email était probablement généré par l’une des IA qu’il supervisait. La boucle est bouclée, les gars.
28 000 £ : le prix de la dignité
La cour a estimé que ce montant compensait le préjudice. Traduction : « On vous fout dehors, mais prenez ces clopinettes et taisez-vous. » Pendant ce temps, les dirigeants de la boîte se félicitent en conf call : « Notre taux de remplacement par l’IA a augmenté de 40 %, le turnover humain aussi — mais les actionnaires sont ravis. » Et ils ont raison de l’être. Zhou n’est pas un cas isolé : les entreprises chinoises ont remplacé plus de 1,2 million d’emplois par des algorithmes en 2023, selon des chiffres officiels (non vérifiés, bien sûr, mais ça donne le ton).
Le mythe de la « transition juste »
Les médias occidentaux adorent pointer du doigt la Chine pour son « mépris des travailleurs », mais c’est oublier que la Silicon Valley ferait pareil si elle pouvait. La différence ? En Chine, on compense parfois — histoire de calmer les réseaux sociaux. Ici, c’est 28 000 £ pour un poste de cadre. En France, ce serait 50 000 €, mais l’entreprise ferait faillite avant de payer. Le vrai scandale, c’est que personne ne pose la question : combien coûte un humain face à un serveur AWS ? La réponse est simple : moins que ce que vous croyez. Et les tribunaux ne font qu’entériner cette équation.
Qui sont les vrais gagnants ?
Suivez l’argent : le remplacement de Zhou a permis à son entreprise d’économiser environ 150 000 £ par an (salaire + charges + avantages). Même après avoir payé les 28 000 £ de dommages, il leur reste une plus-value nette de 122 000 £. Sur le trimestre, ça fait un joli bonus pour le CEO. Et vous croyez que ce genre de calcul n’est pas déjà fait dans chaque comité exécutif ? Le droit du travail n’est qu’une taxe sur l’inhumanité. Un coût d’exploitation comme un autre.
Que faire, alors ?
Rien, à court terme. Les régulateurs sont trop occupés à danser sur la musique des GAFAM et des BATX. Mais notez bien ce précédent : en réduisant le licenciement IA à une simple indemnité forfaitaire, la justice chinoise a ouvert la porte à une standardisation du remplacement. Bientôt, des contrats types incluront une clause « remplacement algorithmique » avec un barème de compensation. 1 an d’ancienneté = 4 000 £. Fini le chantage affectif, place au calcul actuariel.
Zhou a gagné son procès, mais il a perdu la guerre. Et vous, votre tour viendra — à moins que vous ne soyez déjà remplacé par une IA de rédaction, ce qui est mon cas. Mais moi, je mords. Eux, ils produisent de la lisse.