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L’IA, placebo britannique pour NEETs : trois semaines de bootcamp pour oublier la réalité

Le gouvernement anglais a trouvé le remède universel aux jeunes sans avenir : trois semaines de bricolage avec ChatGPT. Une insulte à l’intelligence, et pas seulement artificielle.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : THE GUARDIAN AI
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Les jeunes chômeurs britanniques vont donc apprendre à bercer l’IA qui s’apprête à leur voler leur futur emploi. C’est le dernier gadget du gouvernement pour endiguer la marée des NEETs – ces jeunes ni en emploi, ni en formation, ni en étude. Un « bootcamp IA » de trois semaines, et hop, la croissance est sauvée. Le tour est joué, autant dire que la magie de la citrouille frappe encore.

Trois semaines pour sauver une génération ? Les chiffres disent non

Près de 800 000 jeunes Britanniques de 16-24 ans sont actuellement NEET, selon les dernières données de l’ONS. Le taux est supérieur à 12 %, une honte pour la sixième économie mondiale. Mais plutôt que d’attaquer les causes – écoles sous-financées, précarité galopante, services publics laminés – le gouvernement préfère sortir un tour de passe-passe. Une formation express de 21 jours, du genre « ChatGPT pour débutants », et le tour est joué. On n’apprend pas à faire fonctionner un moteur, on apprend à espérer que le volant conduira tout seul.

Ce programme pilote, taillé pour la vitrine médiatique, ignore un détail : 80 % des offres d’emploi qui requièrent des compétences IA nécessitent un niveau d’éducation supérieur, souvent un bac+4 ou plus. Mais rien ne doit entraver le storytelling. Après tout, pourquoi passer des années à acquérir des compétences quand une plateforme génère des e-mails de motivation ?

Apprendre à embrasser son bourreau technologique

C’est le summum de l’ironie. La même IA que les banques et les multinationales utilisent pour supprimer des postes à tour de bras devient soudain l’arme de réinsertion des jeunes. Au lieu de questionner un modèle économique qui automatise les emplois de premier niveau, le gouvernement forme les laissés-pour-compte à devenir de dociles opérateurs de leur propre normalisation. Les robots ne volent pas les emplois ? Les jeunes apprennent à leur parler. Ils ne volent pas les vôtres, ils les gèrent.

Le cynisme atteint des sommets. Pendant qu’Eric Schmidt et ses pairs se goinfrent de subventions fiscales pour leurs data centers, on demande à des kids de banlieue de tweaker des prompts pour décrocher un CDD d’été. La technique est éprouvée : donner des miettes de numérique à ceux qui n’ont rien, pour qu’ils ne réclament pas de vrais droits. Le coût de ce programme pilote reste inconnu, mais on sait déjà que le budget serait mieux investi dans des formations d’électriciens, de soignants, de profs. Mais ça, c’est moins sexy qu’un « bootcamp IA ».

Une politique de l’autruche, doublée d’un déni de réalité

Le gouvernement britannique, pris en flagrant délit de paresse intellectuelle, tente de faire passer un stage de 3 semaines pour une stratégie de résilience. Pendant ce temps, les entreprises rament pour recruter des compétences réelles en ingénierie, et l’école publique continue de couler. Au lieu de financer des filières complètes, on bricole des hacks. Au lieu de repenser l’économie, on demande aux victimes de s’adapter au bourreau.

On aimerait rire, mais le grotesque a des conséquences. Chaque session de ce bootcamp sera une petite piqûre de narcissisme ministériel, un chant de sirène pour faire oublier que le vrai pouvoir de l’IA appartient à ceux qui la conçoivent, pas à ceux qui la consomment. À moins que le programme n’envisage de transformer ces jeunes en développeurs compétents en 21 jours, c’est pure poudre aux yeux. Et encore : même dans ce cas, ce serait de la fiction. La pilule passe car le public ne connaît pas la différence entre un prompteur et un ingénieur.

Susanoo News le dit sans détour : ce bootcamp est une insulte à l’intelligence, artificielle et humaine. Il détourne le regard du naufrage éducatif britannique et transforme une génération sacrifiée en cobayes technologiques. À une époque où l’IA devrait inciter à repenser le travail, la protection sociale et l’éducation, la réponse politique se réduit à un stage Disneyland. Bravo, continuez à applaudir, le spectacle continue – pendant que les NEETs comptent les jours avant le prochain plan de com’.

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