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L’IA doit ralentir, dit le type qui l’a lancée à fond

Sam Altman, l’homme qui a lâché ChatGPT sur le monde sans consentement, réclame maintenant un ralentissement. Derrière la posture humaniste, il ne s’agit que de verrouiller le marché pour les gros comme lui. Le frein à main, c’est pour les autres.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : TECHCRUNCH AI
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Sam Altman a découvert la prudence. L’homme qui a lâché ChatGPT sur une humanité non consentante, le 30 novembre 2022, s’inquiète désormais du rythme effréné de l’intelligence artificielle. Il appelle l’industrie à « modérer la vitesse de développement ». Traduction, pour celles et ceux qui n’auraient pas encore compris le génie de la Silicon Valley : le conducteur du TGV de la tech vous demande de ralentir pendant qu’il continue d’appuyer sur l’accélérateur. Ricanez, c’est permis.

Chronologie d’une imposture

Reprenons les faits. OpenAI, l’entreprise fondée en 2015 avec un statut de non-profit au bénéfice de l’humanité, a levé 10 milliards de dollars auprès de Microsoft en 2019. Puis elle a commercialisé GPT-3, GPT-3.5, et enfin ChatGPT, qui a pulvérisé tous les records d’adoption avec 100 millions d’utilisateurs en deux mois. En mars 2023, on a eu droit à GPT-4, modèle multimodale annoncé sans aucune transparence sur ses données d’entraînement. Et à chaque étape, Sam Altman a vendu la grandeur, la disruption, la révolution nécessaire.

Puis, en mai 2023, le même Altman signe une tribune — avec une centaine de chercheurs — affirmant que le risque d’extinction par l’IA doit être traité aussi sérieusement que les pandémies ou la guerre nucléaire. En juillet 2023, il lance Worldcoin, un projet de cryptomonnaie qui scanne vos iris pour vous identifier. Vous avez bien lu : le même homme qui pleure sur la survie de l’espèce humaine vous demande de lui offrir vos globes oculaires en échange de tokens. La bonne blague.

Le frein à main, une arme de concurrence massive

Derrière l’appel au « pacing », il y a une stratégie limpide. Altman ne veut pas ralentir l’IA pour sauver l’humanité ; il veut ralentir les autres. Quand on possède des centaines de milliers de GPU Nvidia, des accords exclusifs avec les fournisseurs d’énergie, et une valorisation estimée à 80 milliards de dollars, on a tout intérêt à ériger des barrières réglementaires qui empêcheront les petits d’entrer. Le « débat décel » n’est qu’un lobbying déguisé en philosophie.

Mais il y a plus cynique encore. Altman demande des régulations qui imposeraient des licences pour les modèles les plus puissants. Or, qui a les moyens de remplir les dossiers, de payer les auditeurs, de rassurer les bureaucrates ? OpenAI. Qui sera exclu du marché au nom de la sécurité ? Les projets open source, les chercheurs indépendants, les développeurs sans fonds illimités. Il faut être naïf ou complice pour croire que ce soudain amour de la lenteur est désintéressé.

Ce que vous devez comprendre avant de pleurer

Le thème du « décel » est un outil de contrôle. L’IA ne progresse pas trop vite ; elle progresse trop vite pour les autres. Altman a déjà tenu le discours inverse quand il poussait ses réacteurs à fond, quitte à griller des budgets de toute une université. Aujourd’hui, il se drape dans la précaution pour être celui qui décidera — avec son conseil d’administration, ses sponsors, ses amis de Washington — à quelle vitesse le reste du monde aura le droit de s’y mettre.

Alors quand Sam Altman vous dit « il faut pacifier le développement de l’IA », traduisez modestement : « C’est moi qui pilote, et si vous n’êtes pas derrière, vous attendrez à la gare. » L’humanité n’a jamais été consultée pour l’accélération. On doute qu’elle le soit pour le freinage.

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