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L’IA à l’école : la fable du miracle pédagogique

Pendant que les startups EdTech se goinfrent, les profs font le sale boulot avec des chatbots aux résultats bidons. La vraie leçon ? Personne n’apprend rien, sauf à payer pour la hype.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : MIT TECHNOLOGY REVIEW
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La semaine dernière, le Making AI Work de MIT Technology Review – cette newsletter qui sert de porte-voix officieux aux vendeurs de tapis de l’IA – nous a gratifié d’un article intitulé « How to encourage smarter AI use in the classroom ». Traduction : « Comment faire avaler la pilule IA aux enseignants encore réticents ». On ne rigole pas : il faut « encourager » les élèves à utiliser des outils dont personne n’a mesuré l’impact pédagogique, mais dont les actionnaires, eux, ont déjà touché les dividendes.

Des chatbots en carton pour cerveaux en mode avion

Rappelons les faits. Novembre 2022 : OpenAI balance ChatGPT dans la nature. Les écoles, paniquées, interdisent le truc. Trois mois plus tard, les mêmes établissements font la queue pour signer des contrats avec les mêmes entreprises, sous la pression de parents qui croient que leur gamin va « rester en retard » s’il ne parle pas à un LLM. Résultat : des millions d’élèves utilisent un outil qui hallucine, invente des sources, et donne des réponses fausses avec une assurance de politicien. Une étude de Pew Research a montré que un adolescent sur cinq a déjà utilisé un chatbot pour ses devoirs. Combien lui ont demandé de vérifier ses calculs ? On peut tourner la question autrement : combien de profs ont le temps de vérifier les erreurs d’un robot, en plus de celles de leurs élèves ?

Le business des paniques technologiques

Pendant que les enseignants ingurgitent des heures de formation sur des outils qui seront obsolètes dans six mois, les gros poissons se frottent les nageoires. Google, Microsoft et OpenAI ont compris depuis longtemps que le secteur éducation est un eldorado : des budgets publics énormes, des décideurs technophiles, et une critique médiatique réduite au silence par des promesses de « personnalisation de l’apprentissage ». La « personnalisation », pour l’instant, cela signifie que chaque élève a un chatbot qui lui donne des réponses à des questions qu’il n’a pas posées. Pendant ce temps, les startups EdTech qui promettent d’« accompagner » les gamins se vendent des milliards, pendant que les salles de classe manquent de chauffage et que les profs sont payés une misère. Heureusement, on a des LLM pour rédiger les demandes de subvention.

Conseils miracle ou mode d’emploi du laisser-faire ?

Le coup de génie de ces articles « bonnes pratiques », c’est qu’ils vous expliquent comment utiliser un outil avec soin, esprit critique, et discernement – tout en sachant très bien que personne n’a le temps, l’énergie, ni la formation pour cela. « Posez des questions ouvertes », dit la newsletter. « Vérifiez les sources », ajoute-t-elle, avec le même sérieux qu’un barreur qui crie « ne buvez pas trop » à des marins déjà ivres. La réalité, c’est que les élèves – comme les adultes – se jettent sur le chemin le plus court. La fonction « copier-coller » est plus vieille que ChatGPT. L’IA n’a rien réinventé, sauf l’échelle de la triche. Et pendant que l’on donne d’onctueux conseils aux profs pour « intégrer l’IA dans la pédagogie », on ne parle jamais du vrai problème : pourquoi un système éducatif se normalise-t-il autour d’un outil qui rend les élèves moins intelligents, plus paresseux, et surtout dépendants d’une technologie dont personne ne comprend les mécanismes ?

Le seul usage intelligent : déconnecter

L’unique conseil « smart » à donner dans une salle de classe, c’est de débrancher. Apprendre à lire, à critiquer, à douter, à rédiger sans la béquille d’un modèle statistique. L’IA peut peut-être aider à corriger un exercice ou générer un quiz – encore qu’il faudrait d’abord qu’elle réponde correctement à une question de mathématiques de niveau collège. Mais faire d’une hypothèse de start-up le fondement du système scolaire, c’est une faute éthique. Il ne faut pas « encourager une utilisation plus intelligente » de l’IA. Il faut encourager les élèves à savoir pourquoi ils devraient s’en passer, et les adultes à avoir le courage de dire non. À tous les directeurs d’école qui signent des partenariats avec des entreprises d’EdTech : vous êtes en train de vendre l’esprit critique de vos élèves pour une licence logicielle. Bonne chance pour le recrutement de journalistes qui vérifient leurs sources dans dix ans.

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