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L'Europe veut numériser son passé, mais qui paie la facture ?

La Commission européenne organise un énième forum sur les 'jumeaux numériques' du patrimoine. Entre les promesses d'IA 'révolutionnaire' et les réalités budgétaires, on sent surtout l'odeur des subventions qui se cherchent un projet.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : EU DIGITAL STRATEGY
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Le 23 mars 2026, tandis que vous boirez votre café, une poignée de fonctionnaires et d'académiques se réuniront en ligne pour discuter de la numérisation 3D 'boostée à l'IA' de notre patrimoine culturel. L'initiative s'inscrit dans la stratégie 'Apply AI', un de ces plans à milliards dont Bruxelles a le secret. L'objectif affiché ? 'Façonner la prochaine génération de jumeaux numériques'. La réalité ? Un appel à projets déguisé en forum stratégique.

La machine à subventions tourne à plein régime

Derrière le vernis 'innovation' et 'patrimoine', l'événement sent bon le recyclage de crédits. Le centre de compétence 3D-4CH, qui organise l'opération, est lui-même financé par... l'UE. Un bel exemple de circuit fermé : l'argent public finance une structure qui organise un forum pour distribuer plus d'argent public à des projets qui... seront probablement évalués par les mêmes personnes. La boucle est bouclée.

Les trois thèmes mis en avant – accélération des workflows, enrichissement sémantique, création de narratifs – sont des marronniers de la recherche appliquée depuis dix ans. Rien de véritablement nouveau, mais un packaging impeccable : on parle d'IA, de jumeaux numériques, de 'décisionnel'. Des mots-valises qui ouvrent les portefeuilles.

Qui sont les vrais bénéficiaires ?

Regardez la liste des intervenants. Rehana Schwinninger-Ladak, de la DG CNECT, viendra 'cadrer les priorités politiques'. Traduction : rappeler où vont les fonds. Marco Medici, coordinateur du projet 3D-4CH, présentera 'le rôle du centre dans ce cadre'. Traduction : justifier son existence.

L'appel à projets est encore plus révélateur. On cherche des 'résultats concrets' à 'montrer en exemple'. En clair, on a besoin de success stories pour alimenter les prochains rapports d'activité et les demandes de renouvellement de financement. Le patrimoine ? Un prétexte. La com' ? Une nécessité.

Le mirage du 'jumeau numérique' parfait

Parlons de l'éléphant dans la pièce : un 'jumeau numérique' fidèle d'un site culturel nécessite des centaines de millions de points de données, une puissance de calcul monstre, et une maintenance constante. Qui paie ? Les musées croulent sous les dettes, les collectivités locales rognent leurs budgets culturels. Mais l'UE promet des 'solutions technologiques développées dans l'Union'. Un protectionnisme numérique déguisé en sauvegarde patrimoniale.

Et que fait-on de ces merveilles une fois numérisées ? On les stocke sur des serveurs énergivores, accessibles à une poignée de chercheurs, pendant que le public continue de visiter les vrais sites, souvent mal entretenus. La priorité des priorités ne serait-elle pas de préserver la pierre avant de jouer avec les pixels ?

Conclusion : un spectacle bien rodé

Ne vous y trompez pas. Ce forum n'est pas une avancée. C'est un rituel. Un rituel où l'on célèbre la technologie pour elle-même, où l'on parle de 'workflows' et de 'pipelines' en oubliant l'essentiel : à quoi ça sert, vraiment ? À part à justifier l'existence d'une bureaucratie technocratique qui trouve dans le patrimoine un terrain de jeu inépuisable et politiquement correct.

Le 23 mars, on vous parlera d'IA, de segmentation automatique et de narratifs innovants. Personne ne parlera du coût réel, de l'utilité sociale, ou du choix absurde de numériser à tout prix quand les originaux se dégradent. Le spectacle doit continuer. Les subventions aussi.

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