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Les archives du web sous perfusion, les médias ferment le robinet

Alors que les grands groupes médiatiques coupent l'accès de la Wayback Machine, l'Internet Archive se retrouve en position de mendiant. Une ironie cruelle : ceux qui produisent l'histoire cherchent à en contrôler l'accès, pendant que les historiens du futur devront se contenter des miettes.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : WIRED AI
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La mémoire du web en soins palliatifs

Voilà où nous en sommes : l'Internet Archive, cette bibliothèque d'Alexandrie numérique qui a préservé 835 milliards de pages web depuis 1996, doit maintenant faire la manche. La raison ? Des mastodontes comme le New York Times, CNN et Forbes ont gentiment demandé à ce que leurs robots.txt bloquent l'accès de la Wayback Machine à leurs archives. Traduction : ils veulent pouvoir réécrire l'histoire, ou du moins la monétiser sans témoins gênants.

Le paradoxe des gardiens de l'information

Regardez-les, ces médias qui publient quotidiennement des éditos sur la « défense de la démocratie » et la « préservation de la vérité ». Leurs actions, elles, sont plus claires : ils préfèrent verrouiller l'accès à leur propre passé plutôt que de risquer qu'un historien mal intentionné puisse prouver qu'ils ont changé d'avis, ou pire, qu'ils se sont trompés. Le numérique a cette qualité terrible : il laisse des traces. Et visiblement, ça dérange.

La campagne de sauvetage, ou l'aveu d'impuissance

Alors maintenant, des journalistes et des ONG « se mobilisent ». Ils signent des pétitions, écrivent des tribunes. C'est touchant. C'est aussi le signe que le modèle est cassé. Quand la préservation de la mémoire collective dépend du bon vouloir d'entreprises privées et de la charité publique, on a déjà perdu. L'Internet Archive fonctionne avec un budget dérisoire, pendant que les GAFAM dépensent des milliards en stockage cloud… pour leurs propres données.

Suivez l'argent (comme d'habitude)

Pourquoi ce retrait soudain ? La raison officielle : le droit d'auteur, bien sûr. La raison réelle : le contrôle. Contrôler l'accès aux archives, c'est contrôler la narration. C'est pouvoir vendre des abonnements à des bases de données « historiques ». C'est éviter que quelqu'un ne fasse une recherche avancée pour retrouver cet article embarrassant de 2003 qui soutenait exactement l'inverse de la ligne éditoriale actuelle. La transparence, c'est bon pour les autres.

Et après ? Un web sans mémoire

Le scénario est simple. Si cette tendance se poursuit, le web des années 2020 deviendra une terra incognita numérique. Les chercheurs devront s'appuyer sur des captures d'écran douteuses, les journalistes ne pourront plus vérifier les modifications sournoises des communiqués de presse, et les entreprises réécriront leur histoire en toute impunité. L'Internet Archive n'est pas « en péril ». Il est en train de nous montrer, une fois de plus, que sur internet, ce qui est gratuit et public aujourd'hui peut devenir payant et privé demain. Et que personne n'a prévu de plan de secours.

Alors oui, signez leurs pétitions. Donnez vos trois dollars. Mais surtout, comprenez ce que ce combat symbolise : la bataille pour savoir qui, à l'avenir, aura le droit de raconter notre présent.

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