Andreessen Horowitz a trouvé un nouveau produit à vendre : l'espoir. La firme de capital-risque californienne lance la « Horowitz Andreessen Academy », une école sans diplôme, sans accréditation, sans devoirs — mais avec 42 millions de dollars et dix partenaires qui ont un besoin pressant de chair fraîche.
Bienvenue dans l'enseignement supérieur version capital-risque : on garde le prestige du mot « école », on jette tout le reste.
Zéro diplôme, zéro accréditation, zéro responsabilité
Une école qui ne délivre rien. Pas un titre, pas une certification reconnue, pas un bout de papier validé par un État ou un organisme indépendant. Juste une année de cours courts dispensés par des figures de la tech — Sam Altman, patron d'OpenAI, est annoncé au tableau — et des « co-ops », des postes décrochés dans les entreprises partenaires.
Traduction : a16z ne vend pas une formation. Il vend un réseau, un tampon sur un CV et, surtout, une allégeance.
Quand une université se plante, elle est redevable devant ses étudiants, un ministère, des classements. Quand l'« académie » d'a16z se plante, elle ferme le programme et retourne lever un fonds. Aucune reddition de comptes, aucun diplôme à défendre, aucun alumni assez en colère pour exiger des comptes. C'est ça, le génie : récupérer l'aura de l'école sans en assumer le passif.
Le casting de partenaires est un aveu
Regardez la liste et dites-moi que c'est une école. Anduril, Palantir : la défense et le renseignement, deux boîtes qui vendent des drones autonomes et des logiciels de surveillance. OpenAI, Anthropic, Nvidia : l'IA, ses puces et ses procès. Coinbase : la crypto et ses effondrements. Google, Meta, Stripe, Replit pour faire bonne mesure.
Ce n'est pas un conseil pédagogique, c'est une chaîne de sous-traitance. Les entreprises qui rachètent des startups à tour de bras, suppriment des milliers de postes et jurent ne pas trouver « les bons profils » viennent d'obtenir leur propre vivier, formaté en amont, à prix cassé.
Une question qu'on n'entendra pas sur scène : ces « co-ops », sont-ils rémunérés ? À quel taux ? Avec quel contrat ? Silence radio. On parle « d'expérience » — dans la Silicon Valley, ce mot sert très souvent à ne pas parler de salaire.
42 millions pour verrouiller une génération
Le financement, 42 millions de dollars, est mené par a16z lui-même. Relisez la phrase : le fonds finance l'école qu'il a créée, avec des entreprises dans lesquelles il a investi, pour placer des gens dans son propre écosystème. C'est un circuit fermé. Un ouroboros en hoodie.
Le retour sur investissement ? Une promotion triée sur le volet, redevable affectivement envers ses bienfaiteurs, qui connaîtra les outils, les méthodes et la culture de dix entreprises avant même de signer un contrat de travail. Les frais de recrutement — chasseurs de têtes, annonces, primes de signature — se transforment en frais de scolarité. Quelqu'un paiera. Ce ne sera pas le fonds.
Ce qu'on ne vous dit pas
Le mot « highly selective » est là pour une seule raison : flatter ceux qui entreront et faire oublier que la sélectivité ne vaut rien quand le diplôme ne vaut rien non plus. Une école sans accréditation qui se targue d'être difficile d'accès, c'est un club privé qui joue à l'université.
Et pendant ce temps, on continue de moquer les facultés publiques, soi-disant lentes et élitistes. Au moins, elles délivrent un diplôme que personne ne peut révoquer. Au moins, elles rendent des comptes devant un juge, pas devant un comité d'investissement.
Alors messieurs d'a16z, une question simple, sans détour : si votre académie est si brillante, pourquoi refuser de la faire accréditer ? Pourquoi craindre qu'un examinateur extérieur épluche le programme, les taux de réussite et le devenir réel des étudiants ? Vous avez 42 millions et dix partenaires. Pas une heure pour un audit indépendant ?
Voilà ce que vous fabriquez, en vérité : une école qui n'apprend à ses élèves ni à penser, ni à douter, ni à se défendre — mais à obéir avec enthousiasme, et à appeler ça une carrière.