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Le web est à moitié robot, Cloudflare tient le péage

Cloudflare a mesuré que plus de la moitié du trafic web est produit par des bots. Son PDG Matthew Prince en profite pour vendre le péage, licencier 1 000 personnes et l'expliquer tranquillement dans le Wall Street Journal. Le sauveur du web, vraiment ?

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : THE VERGE AI
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Il y a un mot pour décrire Matthew Prince : péager. Le PDG de Cloudflare n'a pas inventé la route, n'a pas inventé la voiture, n'a même pas inventé les robots qui la conduisent. Il a juste installé le poste de péage — et il vous facture le passage pendant que les flammes ravagent le décor.

En juin, Cloudflare a mesuré une chose que la Silicon Valley espérait discrète : plus de 50 % du trafic internet est désormais produit par des bots. Pas des humains. Des machines. Le web, ce machin qu'on nous jurait « social », « participatif », « humain », est devenu majoritairement une conversation entre crawlers qui se bouffent le contenu des uns pour le revendre aux autres. Et le chiffre grimpe chaque mois. Personne ne va s'en plaindre — surtout pas celui qui vit du péage.

Le pompier pyromane

Prince ne cache pas son jeu : il le vend. Cloudflare s'intercale entre les sites et ces armées de robots, et offre aux éditeurs un bouton à trois positions — tout bloquer, tout laisser passer, ou faire payer. Le pay-per-crawl. Sur un slide, ça claque. Dans la vraie vie, ça pose la question que Prince esquive avec l'élégance d'un vendeur d'alarmes : qui a laissé OpenAI, Anthropic et consorts avaler le web entier pendant que tout le monde dormait ?

Cloudflare protège aujourd'hui ce qu'il n'a pas empêché hier. Et ce n'est pas un accident, c'est un business model : plus le pillage fait rage, plus le péage vaut cher. Vendre le verrou à ceux qu'on a laissé se faire dépouiller, c'est une stratégie vieille comme le monde. On appelle ça « s'adapter au marché ».

Un op-ed dans le WSJ pour assumer le carnage

Pendant qu'il joue les gardiens du temple, Cloudflare a congédié plus de 1 000 employés en début d'année — 20 % de la boîte. Un massacre. Et Prince n'a pas eu la pudeur de le faire en silence : il a signé dans le Wall Street Journal une tribune intitulée, sans trembler, « Comment je choisis quels employés Cloudflare remplacer par l'IA ». Le mot « tri » n'était pas loin. Celui de « darwinisme de salon » non plus.

Traduisons pour les estomacs fragiles : le patron d'une entreprise qui vend de l'infrastructure anti-bots explique au WSJ qu'il remplace ses humains par des bots. Les mêmes bots qui, une fois lâchés sur le web, viendront acheter un ticket à son péage. Une ligne. Une seule. Et pourtant, c'est tout l'angle mort du débat.

Interrogé par The Verge, et toujours aussi inspirant

Dans le podcast Decoder, Prince a joué le prophète lucide : les bots, le contrôle, l'information qui va devenir précieuse quand les péages se multiplieront. Son interlocuteur, poli, a demandé si ces scénarios étaient vraiment souhaitables. Bonne question. Mauvaise audience. On parle d'un homme qui a fait fortune en posant un portique au milieu du seul chemin qu'emprunte tout le monde.

Et pendant que les abonnés de The Verge ont droit à la version sans pub de ce numéro, les éditeurs, eux, ont droit à la facture. Le spectateur en bord de route ? Déjà renversé.

Qui se gave, qui se fait rouler

Les éditeurs paient pour se protéger des robots pendant que les robots se gavent de leurs archives. Les IA génératives paieront un ticket, ou pas — si le tollé de 2026 ressemble à celui de 2024, on connaît la chanson. Cloudflare, lui, encaisse des deux côtés : ceux qui paient pour bloquer, ceux qui paient pour accéder. Voilà le vrai tour de passe-passe. Un intermédiaire qui a compris qu'on ne taxe bien que ce qu'on a laissé pourrir.

Alors non, Matthew, la question n'est pas « pouvez-vous sauver le web ». La question est : de quel web parlez-vous ? Celui où l'on clique, ou celui où l'on facture à une machine le droit de vous lire ? Parce que l'un des deux est déjà mort. Et l'autre ressemble furieusement à un parking privé, avec caméras, barrières, et un type en gilet qui vous tend la main.

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