Le vernis humaniste sur une stratégie de puissance
Leur prose est un chef-d'œuvre de communication : 'politique industrielle centrée sur les personnes', 'partage de la prospérité', 'institutions résilientes'. Des mots qui sentent bon le consensus et la bienveillance. Mais grattez ce vernis, et vous trouverez le métal froid d'une course à la souveraineté technologique. L'objectif n'est pas de 'construire' pour les gens, mais de construire malgré eux un écosystème où ils seront, au mieux, des utilisateurs finaux captifs, au pire, des variables d'ajustement sur le marché du travail.
Suivez l'argent, pas les slogans
Décryptons. Une 'politique industrielle pour l'âge de l'IA' signifie concrètement trois choses : des crédits d'impôt massifs pour les data centers (qui profitent à Amazon, Microsoft, Google), un financement public de la R&D en calcul haute performance (dont les brevets finiront dans des portefeuilles privés), et la création de 'pôles d'innovation' qui serviront de vivier de main-d'œuvre sous-qualifiée pour les géants de la tech. La 'résilience' des institutions ? C'est leur capacité à fournir un cadre réglementaire suffisamment souple pour ne pas entraver la 'croissance'.
L'opportunité élargie ? Celle des actionnaires
Le document parle d''élargir les opportunités'. Dans la langue de bois des cabinets de conseil, cela se traduit par : recyclage accéléré des travailleurs dont les jobs seront automatisés, et promotion des 'compétences numériques' de base pour alimenter l'usine à données. La vraie valeur, celle créée par les modèles d'IA entraînés sur nos données, nos écrits, nos images, sera captée par une poignée de sociétés. Le 'partage de la prospérité' se résumera à une hypothétique redistribution fiscale, toujours promise, jamais prioritaire face aux 'impératifs d'investissement'.
Le grand mensonge de l'ère de l'Intelligence
Ils appellent cela l''âge de l'Intelligence'. Un terme pompeux qui sert à justifier l'urgence et l'exception. Tout doit plier devant ce nouvel impératif historique : la régulation, la fiscalité, la protection des individus. Ce qu'ils construisent, en réalité, c'est l'âge de la Surveillance Capitaliste 2.0, où chaque interaction sera monétisable, chaque décision influençable, et où le pouvoir se concentrera entre les mains de ceux qui contrôlent les modèles. Leur politique industrielle n'est que le plan de route pour y parvenir en douceur, avec l'argent du contribuable et la bénédiction des élites.
La prochaine fois que vous lirez 'people-first', souvenez-vous : c'est toujours le peuple qui arrive premier dans la file des ressources à exploiter.