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Le New Museum dépense 82 millions pour un building et un discours sur 'l'humain'

Après deux ans de fermeture et 82 millions de dollars engloutis, le New Museum de New York rouvre avec un bâtiment de plus et une exposition sur 'l'humain et la technologie'. Un exercice de contorsionnisme idéologique où l'on parle de dématérialisation en construisant 11 000 mètres carrés de béton et de verre.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : THE GUARDIAN AI
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L'architecture comme alibi

Le Bowery a un nouveau jouet. Après deux ans de silence et un chèque de 82 millions de dollars, le New Museum dévoile son extension signée Rem Koolhaas et Shohei Shigematsu. Le pitch ? Doubler la surface d'exposition pour atteindre 119 700 pieds carrés. Le résultat ? Un 'joyau de verre' accroché à l'ancien bâtiment, que Shigematsu décrit avec la poésie d'une brochure immobilière de luxe : l'un 'vertical et introverti', l'autre 'horizontal et extraverti'. Une romance architecturale, paraît-il. On attend toujours le divorce pour motif de vanité.

L'exposition qui contredit le bâtiment

Le clou du spectacle est une exposition inaugurale de plus de 700 objets explorant 'comment les humains et la technologie se façonnent mutuellement'. Ironie suprême : on vous sert un discours sur la dématérialisation, l'hybridation, le post-humain, dans un temple tout neuf de 11 000 mètres carrés de béton, d'acier et de verre climatisé. Le musée, en doublant sa 'footprint' physique, prétend interroger notre empreinte numérique. Cherchez l'erreur, ou plutôt, ne cherchez pas : elle est monumentale.

Le coût réel de l'embellie

Derrière la sculpture Art Lovers de Tschabalala Self – ces deux amants plastifiés collés à la façade – se cache une réalité moins photogénique. 82 millions. À l'heure où les institutions culturelles crient misère, où les artistes peinent à payer leur loyer, le New Museum a trouvé les fonds pour un agrandissement pharaonique. Qui finance ? Les grands donateurs, toujours les mêmes, ceux pour qui l'art est un actif à valoriser et un capital symbolique à afficher. L'expansion n'est pas qu'architecturale ; elle est aussi financière et sociale. Elle éloigne un peu plus le musée de la rue qu'il prétend regarder.

Le discours creux de la 'nouvelle ère'

'Au seuil d'une nouvelle ère', clame le titre original. Quelle ère ? Celle où un musée doit ressembler à un siège social de tech pour parler de tech ? Celle où le contenu critique sur la relation humain-machine est servi dans un écrin dont le prix pourrait financer des centaines de résidences d'artistes ? Le New Museum joue sur les deux tableaux : capitaliser sur l'esthétique industrielle 'authentique' du Bowery tout en s'offrant les services des starchitectes globaux. Le résultat est un hybride bancal : un discours radical dans une enveloppe ultra-capitalisée.

Conclusion : le musée, dernier refuge de l'hypocrisie chic

Le New Museum n'a pas fait une extension ; il a acheté un oxymore. Un lieu qui veut critiquer la consommation tout en étant le produit d'une consommation ostentatoire. Qui veut questionner le futur tout en s'enfermant dans un présent muséal onéreux. Le vrai spectacle n'est pas dans les galeries. Il est dans cette capacité de l'institution culturelle à dépenser des fortunes pour nous parler de... la modestie des connexions humaines. 82 millions de dollars plus tard, la question reste : qui embrasse qui ? L'art le public, ou l'argent l'art ?

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