Sortez les mouchoirs et les communiqués de presse. Le MIT Technology Review, ce temple de la pensée techno-optimiste, vient de lancer son traditionnel appel du pied médiatique : la liste des « 10 technologies qui vont tout changer ». Sauf que cette année, même eux semblent avoir un peu honte. Dans un article préliminaire d’une platitude confondante, ils concèdent avoir eu « un dilemme ». On vous traduit : « On a tellement surfé sur la vague AI ces dernières années qu’on a oublié de regarder ailleurs, et maintenant, c’est la panique sèche pour remplir les cases. »
Le dilemme de l'épicier en fin de mois
Leur « couverture centrale » — énergie, IA, biotech — ressemble moins à une vision stratégique qu’au rayon d’un supermarché en rupture de stock. Ils promettent que la liste finale « englobera » ces domaines, avec « quelques autres en plus ». Cette formulation vague, digne d’un horoscope, en dit long. Quand un média qui se veut prospectif doit bricoler sa liste avec des « et quelques autres », c’est qu’il est en train de racler les fonds de tiroir de la R&D mondiale. La vraie technologie de rupture, en 2026, serait-elle… leur capacité à trouver 10 sujets dont personne n’a encore parlé ? On en doute.
L'IA, le monstre qui a dévoré la prospective
Ne nous y trompons pas. Le « dilemme » avoué est l’aveu le plus sincère de ces dernières années : l’hyperfocus sur l’intelligence artificielle a stérilisé le paysage de l’innovation médiatisable. Pendant que les VC jettent des milliards dans le moindre modèle de langage, les vrais labos en science des matériaux, en énergie bas-carbone ou en ingénierie protéique crèvent en silence. Le MIT Tech Review, miroir de cette bulle, se retrouve donc à devoir fabriquer de la diversité. Ils vont sans doute nous resservir, sous une nouvelle sauce, des « percées » en captation carbone ou en biologie synthétique qui traînent dans les tiroirs depuis cinq ans, juste pour faire poids face à l’hégémonie AI.
La liste qui n'ose plus dire son nom
L’article original, intitulé « À venir : 10 choses qui comptent dans l’IA en ce moment », est un chef-d’œuvre de non-dit. C’est l’équivalent éditorial d’un haussement d’épaules. Ils annoncent une liste, mais préviennent qu’elle sera forcément bancale. Quelle confiance accorder à un guide qui, avant même de vous montrer le chemin, vous prévient qu’il a perdu la carte ? Cette pré-annonce sent la stratégie de contenu désespérée : générer du clic sur la promesse, quitte à ce que la réalité soit décevante. Ils jouent la carte de l’honnêteté pour mieux masquer leur manque de vision.
Le jeu est-il déjà fini ?
La vraie question que pose ce « coming soon » pathétique n’est pas « quelles seront les 10 technologies de 2026 ? », mais « à quoi sert encore ce genre d’exercice ? ». Dans un monde où la recherche est devenue un monolithe orienté AI, où la finance dicte les « percées » et où les médias tech suivent comme des moutons, ces listes ne sont plus que des exercices de style. Des vœux pieux pour se rassurer sur le fait que l’innovation existe encore en dehors de San Francisco. Spoiler alert : elle existe, mais elle n’est pas forcément sexy, ni bankable, et donc elle n’intéresse plus les faiseurs de listes.
On attend leur liste finale avec une ironie mordante. Pariez avec nous : au moins 5 entrées seront liées à l’IA, 2 seront des recyclages, et les 3 dernières seront si obscures qu’elles auront disparu des radars d’ici la publication de la liste 2027. La seule percée technologique dont nous sommes certains, c’est la capacité des médias à vendre du vent prospectif année après année.