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Le métavers est mort, Meta recycle le cadavre avec l'IA

Meta sous-traite son métavers à l'IA et s'apprête à pousser les jeux générés directement dans vos feeds Facebook et Instagram. Traduction : plus de 64 milliards brûlés, une plateforme vide, et un plan qui consiste à faire payer l'échec par vos yeux. Vous ne créez pas des jeux — vous fabriquez de l'inventaire publicitaire gratuit.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : THE VERGE AI
MetaHorizon WorldsHorizon CreateHorizon Studiogénération de jeux par IAFacebook et Instagram

Meta a trouvé la solution à son problème de métavers : laisser une IA pondre les jeux, et refiler la facture à votre fil Instagram. Deux outils annoncés cette semaine : Horizon Create, une appli mobile, et Horizon Studio, une version navigateur pour ceux qui veulent "contrôler plus finement". Traduction : vous tapez une phrase, l'IA vous sort un niveau, vous publiez. Accès anticipé, liste d'attente, applaudissements de rigueur.

Voilà donc où en est le grand œuvre de Mark Zuckerberg, celui qui a rebaptisé son entreprise en 2021 pour conjurer la honte de Facebook : on sous-traite le métavers à un générateur de texte, et on prie pour que ça ressemble à un jeu.

Quand on n'arrive pas à convaincre des développeurs, on les remplace

Horizon Worlds, c'est quoi le bilan ? Des mondes vides, des avatars qui ont dû attendre avril 2023 pour obtenir des jambes, et des chiffres que Meta n'a jamais vraiment assumés. En octobre 2022, des documents internes sortis dans la presse indiquaient qu'environ 9 % des mondes créés par les utilisateurs avaient reçu la visite d'au moins 50 personnes. Neuf pour cent. Le reste : des hangars numériques avec de la moquette et personne dedans.

La conclusion que Meta n'écrira jamais dans un communiqué : la plateforme n'a pas réussi à attirer des créateurs. Alors elle en fabrique à la chaîne, avec des prompts. Ce n'est pas une innovation, c'est une capitulation maquillée en keynote.

Suivez l'argent : il descend en vrille

Reality Labs, la division métavers/VR du groupe, accumule les pertes depuis 2020 : 6,6 milliards en 2020, 10,2 en 2021, 13,7 en 2022, 16,1 en 2023, 17,7 en 2024. Cumul : plus de 64 milliards de dollars partis en fumée. Et le rythme ne ralentit pas — il accélère.

Quand une filiale brûle un milliard par mois, elle n'a pas besoin de créateurs, elle a besoin d'un récit. L'IA générative, c'est exactement ça : un récit pas cher, disponible en masse et compatible avec toutes les slides d'actionnaires.

Le vrai plan s'appelle Facebook et Instagram

C'est là que ça devient laid. Meta ne va pas seulement héberger vos jeux : la maison annonce qu'elle peut les recommander sur Facebook et Instagram, où ils seront jouables directement. Autrement dit, le métavers raté débarque de force dans les deux seules vaches à lait du groupe, au nom de l'engagement.

Qui gagne ? Meta : du contenu gratuit, produit par des utilisateurs, généré par des modèles, qui allonge le temps passé dans les applis et remplit l'inventaire publicitaire. Pas besoin de payer une équipe de dev. Pas besoin d'ouvrir un studio. Le contenu devient une matière première, et vous êtes l'usine.

Qui paie ? Vos yeux. Et probablement un paquet de modération non résolue. Un jeu jouable dans le feed Instagram, c'est une surface de plus à surveiller : contenus haineux, arnaques aux skins, données de mineurs. Sur ce point, le communiqué est étrangement silencieux. On vous parle de créativité, jamais de régulation.

Le slop n'est pas un jeu, c'est du remplissage

Faisons les prédictions qu'aucun attaché de presse ne fera à notre place. Le catalogue Horizon Create sera un océan de slop : clones de jeux de plateforme, niveaux injouables, collisions bancales, propositions générées par des gens qui ne voulaient pas développer un jeu mais toucher un algorithme. L'IA ne corrige pas le game design — elle produit du volume. Or Meta n'a jamais eu besoin de qualité. Il a besoin de volume.

Et il y a l'angle mort que l'annonce laisse soigneusement dans le flou : le modèle économique. Sur Horizon, la part des revenus laissée aux créateurs a longtemps frisé le scandale, avec une commission maison qui fait passer les plateformes de jeux pour des philanthropes. Rien dans cette annonce ne dit comment vous serez payé, ni comment vos créations alimenteront l'entraînement des modèles du groupe. Posez la question. Regardez la réponse arriver — ou pas.

Le cadavre bouge encore

Le métavers n'est pas mort : il est en décomposition avancée, et Meta tente de le ranimer au prompt engineering. Pas de nouveau casque à 1 500 €, pas de promesse de rupture : une appli mobile, une liste d'attente, et une recommandation forcée dans des feeds dont personne ne peut vraiment sortir.

Mark, soyons clairs. Vous n'avez pas sauvé Horizon. Vous avez signé la reconnaissance officielle que vos utilisateurs n'avaient aucune raison d'y aller — et que vous comptez désormais leur en donner une par obligation algorithmique.

Le métavers ne meurt pas d'ennui. Il meurt de ne servir à rien. L'IA ne change pas ça : elle rend juste le vide plus rapide à produire.

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