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Le grand silence anthropique : quand une pandémie offre aux animaux le seul répit qu'on leur refuse

Le confinement a prouvé, en quelques semaines, ce que des décennies d'écologie militante n'ont pu imposer : notre bruit tue. La 'pause' fut un révélateur chirurgical de notre pollution sonore chronique, un cadeau empoisonné aussitôt repris dès que l'économie a toussé à nouveau.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : MIT TECHNOLOGY REVIEW
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Leçon n°1 : il suffit de s'arrêter

Mars 2020. Le monde se fige. Les autoroutes se vident, les avions se posent, les villes deviennent des décors de film post-apocalyptique. Le bruit de fond anthropique chute de 50% dans certaines métropoles. Jennifer Phillips, et avec elle une poignée de scientifiques, tend l'oreille. Non pas pour écouter le silence, mais pour entendre ce qu'il révèle : le chant des moineaux, enfin distinct. Le cri des baleines, portant 30% plus loin. La faune reprenant ses droits sur des fréquences que nous avions confisquées. La preuve était là, empirique, indéniable : notre tumulte permanent est une violence écologique.

Le bruit, cette pollution dont on se fout royalement

Pendant qu'on s'écharpe sur les émissions CO2, le bruit, lui, prospère en toute impunité. Trafic maritime, chantiers, transports, industrie... Une cacophonie mondiale qui stresse, désoriente et tue. Les baleines s'échouent, les oiseaux ne peuvent plus se reproduire, les écosystèmes marins sont dévastés par les sonars et les forages. Mais le bruit ne se voit pas. Il ne laisse pas de marée noire photogénique. C'est la pollution parfaite pour une société du court-termisme : invisible, immatérielle, et terriblement lucrative pour tous ceux qui font du bruit (c'est-à-dire tout le monde).

La reprise économique, ou le retour du vacarme obligatoire

Et puis, il a fallu 'relancer'. Les moteurs ont rugi de plus belle, les avions ont repris leurs rotations, les chantiers ont rattrapé le temps perdu. Le répit aura duré le temps d'une étude scientifique. Nous avons eu entre les mains la preuve qu'un monde plus silencieux était possible, et immédiatement bénéfique. Et nous l'avons balayée d'un revers de main pour sauver le PIB. La leçon est cinglante : nous savons comment réduire cette pollution. Nous pouvons le faire. Nous choisissons simplement de ne pas le faire. Le confort du statu quo, le ronron de la croissance, valent bien quelques chants d'oiseaux étouffés.

Apprendre à se taire ? Une hérésie économique

'Pouvons-nous apprendre à nous taire ?' demande l'article original. La question est d'une naïveté touchante. Se taire, dans notre paradigme, c'est renoncer. Renoncer à livrer plus vite, à consommer plus, à extraire plus, à se déplacer plus. Le silence est l'ennemi de la frénésie capitaliste. Qui, aujourd'hui, a intérêt à un monde plus silencieux ? Pas les armateurs. Pas les compagnies aériennes. Pas les constructeurs. Pas les promoteurs. Juste les animaux, et quelques scientifiques idéalistes. Vous voyez le rapport de force.

Le bruit n'est pas un sous-produit accidentel de notre civilisation. C'est son symptôme le plus franc. C'est le son de l'extraction, de la production, de la consommation à outrance. Et tant que nous refuserons de questionner ce modèle, nos oreilles – et celles de tout le vivant – continueront de saigner.

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