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Le cirque de l'IA : entre chômage promis et data centers orbitaux

La Silicon Valley nous ressert son grand classique : la peur d'une apocalypse de l'emploi pour mieux vendre ses solutions. Pendant ce temps, les gourous du cloud rêvent de polluer l'espace pour éviter de payer la facture écologique sur Terre. Deux numéros d'un même spectacle, celui de la fuite en avant technologique.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : MIT TECHNOLOGY REVIEW
The Downloademploicentres de donnéeséconomie IAMIT Technology Review

Le grand bluff de l'apocalypse professionnelle

Ils y reviennent toujours, comme à un tube de l'été. Dans les salons climatisés de la Valley, on parle désormais d'une « apocalypse de l'emploi alimentée par l'IA » comme d'une fatalité météorologique. C'est pratique : ça crée un sentiment d'urgence, ça justifie tous les investissements, et ça détourne l'attention du vrai sujet – à savoir, qui contrôle les outils et qui empoche les gains de productivité.

Les économistes, autrefois sceptiques, commencent à mordre à l'hameçon. On vous brandit des études, des modèles, des pourcentages effrayants. Mais personne ne vous montre l'envers du décor : la course aux licornes IA qui brûlent du cash pour automatiser des tâches que personne n'avait demandé à automatiser. Le vrai risque n'est pas que l'IA prenne votre travail, c'est qu'une poignée de VC décide, depuis Sand Hill Road, que votre métier est « optimisable ».

L'espace, nouvelle poubelle numérique des GAFAM

Pendant qu'on vous fait peur avec le chômage, les géants du cloud ont trouvé une idée géniale : envoyer la pollution data dans l'espace. Trop chère, l'électricité verte sur Terre ? Trop contraignantes, les régulations sur la consommation d'eau des serveurs ? La solution est simple : on lance des data centers en orbite.

Le projet est présenté comme une avancée technologique majeure. En réalité, c'est l'aveu d'un échec cuisant. Après avoir promis une tech « durable », ils reconnaissent ne pas pouvoir gérer l'explosion énergétique de leur propre modèle. Alors, plutôt que de repenser l'architecture gargantuesque du cloud, on externalise le problème à 400 km d'altitude. La facture environnementale ? À envoyer aux générations futures, avec les débris orbitaux.

Le même scénario, répété en boucle

Regardez bien le spectacle. Acte I : on annonce une révolution disruptive qui va tout changer (et surtout, créer des milliards de valeur). Acte II : on identifie les « externalités négatives » (coût social, impact écologique) comme des problèmes regrettables mais inévitables. Acte III : on propose une solution technologique encore plus complexe et coûteuse pour résoudre les problèmes créés par la solution précédente.

L'apocalypse de l'emploi par l'IA et les data centers spatiaux sont les deux faces de cette même pièce. On crée la peur d'un côté, on vend l'évasion de l'autre. Le tout en évitant soigneusement la question centrale : à qui profite cette fuite en avant ? Spoiler alert : pas à vous, cher lecteur, dont le travail est menacé par les algorithmes et dont le ciel sera bientôt encombré par les serveurs de Microsoft ou d'Amazon.

La prochaine fois qu'un CEO vous parle d'IA « transformative », demandez-lui combien de postes il compte supprimer cette année. Et la prochaine fois qu'une startup promet des data centers « durables » en orbite, demandez-leur qui paiera pour les ramasser quand ils deviendront des déchets spatiaux. Les réponses sont généralement moins révolutionnaires que les communiqués de presse.

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