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Larry Fink découvre l'eau chaude : l'IA, c'est pour les riches

Le PDG de BlackRock, Larry Fink, sort de sa torpeur pour annoncer une révélation fracassante : l'IA pourrait enrichir les déjà riches. Sa lettre annuelle, un chef-d'œuvre de banalité tardive, omet soigneusement de mentionner que son fonds est l'un des principaux actionnaires de ces mêmes 'quelques entreprises'.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : THE GUARDIAN AI
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L'alerte visionnaire du milliardaire

Larry Fink, l'homme qui gère 14 000 milliards de dollars d'argent qui n'est pas le sien, a enfin ouvert les yeux. Dans sa lettre annuelle aux investisseurs, un exercice de communication aussi attendu qu'insipide, le patron de BlackRock a daigné partager une intuition géniale : la ruée vers l'intelligence artificielle pourrait, attention spoiler, creuser les inégalités. La nouvelle a dû faire l'effet d'une bombe dans les salons feutrés de Wall Street, où l'on pensait jusqu'ici que la technologie était un vecteur de prospérité équitablement partagée.

Le pot de terre accuse le pot de fer (d'être en fer)

Le plus savoureux dans cette mise en garde, c'est son auteur. BlackRock, via ses fonds indiciels et ses placements, est l'un des plus grands actionnaires institutionnels du monde. Il détient des parts colossales dans les « quelques entreprises » que Fink pointe du doigt : Microsoft, Nvidia, Alphabet, Meta. Ces sociétés, dont la valorisation a explosé grâce à la hype sur l'IA, ont largement engraissé les portefeuilles que BlackRock gère. Fink nous vend donc le diagnostic d'une maladie dont son entreprise est l'un des principaux virus. Un cynisme qui frise le génie.

La lettre qui valait 14 000 milliards

Le timing est, comme toujours, impeccable. La lettre sort alors que les marchés s'interrogent sur une éventuelle bulle AI. Quel meilleur moyen de se poser en sage responsable, tout en ne changeant strictement rien à sa stratégie d'investissement ? Fink parle des « dangers » d'une croissance exponentielle et de la « compétition stratégique » entre les USA et la Chine. Des mots qui sonnent bien dans un rapport, mais qui se traduisent en bourse par plus d'argent injecté dans les mêmes champions technologiques. Le circuit est fermé : on identifie un problème dont on est la cause, on en parle pour sa réputation, et on continue d'en profiter.

La vraie fracture n'est pas celle que l'on croit

Le vrai scoop, que Fink évite soigneusement, n'est pas que l'IA va enrichir les grands groupes. C'est que le système est conçu pour que cela profite à une infime caste d'investisseurs institutionnels et d'ultra-riches détenant déjà des actifs. Le petit portefeuille diversifié du citoyen lambda, souvent géré par... BlackRock, suit le mouvement de loin. La véritable fracture se situe entre ceux qui possèdent les moyens de production du capital (les algorithmes, les data centers, les brevets) et les autres. Et ce fossé, Larry Fink et ses pairs ne sont pas près de le combler. Ils le creusent, un dividende après l'autre.

La prochaine révélation de M. Fink ? Peut-être que l'eau mouille, ou que le soleil brille. En attendant, BlackRock et ses semblables continueront de capitaliser sur la révolution qu'ils dépeignent, avec une solennité feinte, comme un risque sociétal. Le capitalisme a trouvé ses nouveaux prêcheurs de l'apocalypse : ceux qui vendent les paratonnerres tout en construisant les parcs à fusées.

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