On a posé une question simple à Disney, Netflix, Amazon et Lionsgate : que pensez-vous des avertissements sur le risque existentiel de l'IA ? Réponse : rien. Pas un mot. Le mur. Le silence radio le plus total depuis qu'on demande à un studio de publier ses vrais chiffres d'abonnés.
Les startups de cinéma génératif — celles qui promettent de remplacer une équipe de tournage par un champ de saisie — ont aussi été contactées. Silence également. Fascinant : le seul moment où l'IA générative devient muette, c'est quand on lui demande des comptes.
Deux organisations ont répondu : le SAG-AFTRA et la Writers Guild of America East. Et leur message tient en une phrase : arrêtez de fantasmer sur la fin du monde, occupez-vous de ce qui se passe déjà dans les studios.
Le risque existentiel est un service de communication
Rappelons la chorégraphie. En mai 2023, une déclaration signée par des centaines de pontes — dont Sam Altman et Geoffrey Hinton — affirmait que « réduire le risque d'extinction lié à l'IA » devait être une priorité mondiale. Traduction : pendant qu'on débat de l'extinction de l'humanité, personne ne parle des cachets, des droits voisins, des résidus, des heures de travail, des scénaristes dégagés.
Le risque existentiel, c'est le meilleur département marketing jamais inventé par la Silicon Valley. Il est gratuit, il est noble, il fait la une. Et surtout, il déplace la conversation loin des budgets.
148 jours de grève contre 4 refus de commentaire
La WGA a tenu 148 jours de grève en 2023. Le SAG-AFTRA, 118. Des mois de piquets de grève, pour arracher des clauses que les studios connaissaient par cœur : consentement obligatoire, rémunération des répliques numériques, transparence sur l'usage des scans, droit de refuser un clone numérique.
L'accord final a été ratifié à hauteur de 78 % par les membres du SAG-AFTRA. Ce chiffre-là, retenez-le : il dit qu'une majorité écrasante d'acteurs savait exactement ce qui arrivait. Aucun d'eux n'avait besoin d'un colloque sur l'alignement des modèles pour comprendre que son métier était en jeu.
Alors quand une rédaction demande à quatre des plus gros studios de la planète un commentaire sur les délires apocalyptiques de leurs propres fournisseurs d'IA, et que ces quatre-là préfèrent jouer au mur porteur — ce n'est pas de la pudeur. C'est une stratégie.
Suivez l'argent, il ne se scanne pas tout seul
Un figurant se fait scanner une journée. Il touche un cachet journalier. Le studio, lui, conserve une réplique numérique réutilisable à volonté, sur des projets futurs, dans des contextes qu'aucun contrat n'encadrait vraiment avant 2023. Voilà le vrai risque existentiel de l'industrie : pas la singularité, la déflation des coûts de figuration.
Et pendant que les studios se taisent, les mêmes maisons dépensent en communication sur l'IA « responsable » plus que ce qu'elles paieront jamais à un comité d'éthique. Disney, Netflix, Amazon : vous n'avez pas répondu à une question sur la fin du monde. Vous auriez pu dire « ce n'est pas notre sujet ». Vous avez préféré ne rien dire. Message reçu : le sujet, c'est votre modèle économique.
Ce qu'on ne vous dit pas
La vraie question n'est pas « l'IA va-t-elle nous tuer ? ». Elle est : « qui encaisse quand l'IA remplace une personne ? ». Et là, les réponses existent. Elles sont écrites, chiffrées, syndiquées. Elles s'appellent des conventions collectives. Les studios le savent, les régulateurs le savent, les marchés le savent.
Aux régulateurs, un conseil : arrêtez d'organiser des sommets sur les scénarios à 50 ans. Regardez ce qui se signe dans un contrat de production cette semaine. Le futur est déjà facturé — il est juste en bas de page, dans une clause d'annexe, et il porte la signature d'un figurant qui n'a rien lu.