La machine à communiquer tourne à plein régime
Un an. C'est le temps qu'il a fallu à la Commission européenne pour transformer une série de PowerPoints ambitieux en un communiqué de presse autosatisfait. L'AI Continent Action Plan, présenté comme le remède miracle au retard européen en intelligence artificielle, a donc « livré des étapes majeures ». Traduction : ils ont dépensé de l'argent et organisé des réunions. Le bilan, à y regarder de près, sent plus le vernis politique que la révolution technologique.
Les 'AI Factories' : des coquilles vides en quête de modèles
Le chiffre phare : 19 AI Factories déployées sur les supercalculateurs européens. Ça fait sérieux. Sauf que personne ne sait ce qui s'y fabrique réellement. Ces infrastructures, aussi puissantes soient-elles, ne valent que par les modèles qu'elles entraînent et les chercheurs qui les utilisent. Où sont les Llama européens ? Où sont les modèles fondateurs qui défient GPT-4 ? La Commission aligne des « antennes » et promet des « Gigafactories », un vocabulaire pompé à l'industrie lourde pour masquer une production intellectuelle légère. C'est l'équivalent tech d'un aéroport sans avions : impressionnant, mais parfaitement inutile.
1 milliard d'euros pour 'appliquer' l'IA : qui empoche le chèque ?
Parlons argent. L'initiative Apply AI Strategy dispose déjà de 1 milliard d'euros en appels à projets. Un milliard. Une manne qui va, comme par hasard, irriguer le même écosystème de consultants, de grands groupes tech et d'instituts de recherche déjà bien installés aux fontaines budgétaires. Le plan parle de « secteurs industriels et publics ». En clair, on va financer des projets de R&D dans des multinationales qui auraient de toute façon investi, et numériser des administrations qui peinent à mettre en place un site web décent. Une fois de plus, l'argent public sert à subventionner l'innovation privée, sans garantie de souveraineté ou de retombées pour les citoyens.
Trustworthy AI : le cache-misère de l'impuissance industrielle
Le pilier « IA digne de confiance » est le plus révélateur. Face à l'écrasante domination américaine et à la montée en puissance chinoise, l'Europe brandit son règlement comme un étendard. « Nous, on fait une IA éthique et alignée avec les valeurs démocratiques. » Très bien. Mais on ne la fait pas. On régule ce que les autres inventent. Cette focalisation obsessionnelle sur la « confiance » et la « sécurité » est surtout un aveu d'échec sur le front de l'innovation pure. On ne peut pas rivaliser sur la performance, alors on se réfugie dans la morale. Une stratégie de perdant élégant.
Le grand cirque de l'innovation : réservez vos agendas pour octobre
Pour couronner le tout, la Commission annonce fièrement un European AI Innovation Month à l'automne 2026. Un mois entier de séminaires, de démonstrations et de networking. L'innovation ne se décrète pas dans un calendrier d'événements institutionnels. Elle naît dans des garages, des labos sous-financés et des start-ups qui crèvent la faim. Pendant que Bruxelles planifie des mois thématiques, les vrais talents fuient vers des cieux où l'on parle moins de stratégie et plus de stock-options.
Le tableau est cruel, mais réaliste. L'AI Continent Action Plan est un exercice de communication politique sophistiqué, une usine à gaz bureaucratique qui produit des indicateurs (19 usines ! 1 milliard !) mais pas de champions. Elle construit l'infrastructure, mais pas l'intelligence. Elle forme des talents, mais ne les retient pas. Elle parle d'adoption, mais dans un marché fragmenté et régulé à l'excès. Un an plus tard, l'Europe de l'IA a un plan d'action. Elle attend toujours une action.