La BBC vient de nous révéler que le grand méchant de The Capture était un algorithme nommé Simon. Quelle surprise. L'industrie du divertissement, à court d'idées et de courage, recycle la peur de la tech comme un fonds de commerce. Le vrai scandale n'est pas que l'IA soit diabolisée à l'écran, mais qu'elle serve de paravent narratif pour absoudre les vrais décideurs.
Le bouc émissaire algorithmique
« Simon est un ordinateur ? » s'étonne un agent. La réplique est savoureuse dans son hypocrisie. Les séries policières et thrillers politiques, autrefois obsédées par la corruption humaine, externalisent maintenant la vilenie vers des lignes de code. C'est plus propre, moins politique, et terriblement rassurant. Pointer du doigt une intelligence froide et sans visage évite de nommer les ministères, les contractors de la défense, et les capital-risqueurs qui financent ces jouets dangereux. La menace est dépersonnalisée, donc irresponsable.
La statistique, ce mensonge qui sauve des vies
La tirade du « smug army bigwig » est un chef-d'œuvre de langage technocratique : « Simon prend en compte plus de risques et de variables... Les statistiques ne mentent pas. Simon sauve des vies. » C'est la rhétorique exacte utilisée par Palantir, Anduril, ou n'importe quelle start-up vendant de la « décision augmentée » aux militaires. La série ne fait pas de la science-fiction, elle recrache du communiqué de presse. Elle dramatise un pitch commercial. Le problème n'est pas que Simon soit trop intelligent, mais que ses créateurs soient si prompts à déléguer l'éthique, le contexte et les conséquences collatérales à une boîte noire dont ils refusent d'assumer les outputs.
Une peur sur commande qui arrange tout le monde
Cette vague de fictions anxiogènes sert un double agenda. Pour les studios, c'est un thème tendance et « disruptif ». Pour l'écosystème tech-militaire, c'est une opération de branding gratuite : même en étant le méchant, l'IA est dépeinte comme omnipotente, efficace, et supérieure à la « chair à canon » humaine sur le terrain. Cela légitime, en filigrane, son déploiement. On vous vend la peur du remède pour mieux vous faire avaler le poison. Pendant que le public frissonne devant un hologramme maléfique, les vrais Simons, bien réels, signent des contrats à plusieurs zéros avec le Home Office ou le Pentagone, loin des caméras.
Conclusion : Cherchez l'humain
La prochaine fois qu'une série vous présentera une IA comme l'antagoniste ultime, posez-vous la seule question qui vaille : qui a appuyé sur le bouton « ON » ? Qui a signé le chèque ? Qui a contourné la régulation ? Qui profite des « stats qui ne mentent pas » ? L'algorithme n'a ni intention ni compte en banque offshore. La véritable ligne de trahison, de capture et de corruption, elle est toujours humaine. Mais ça, c'est une histoire bien moins vendeuse, et bien plus dangereuse à raconter à la télévision.