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La NSF joue aux apprentis sorciers avec des bactéries miroir

En 2019, une trentaine de biologistes et d'éthiciens, payés par vos impôts, ont planché sur la création de vie synthétique 'miroir' — une forme de vie qui pourrait être indétectable et invincible. Leur conclusion ? C'est 'irrésistiblement excitant'. La nôtre ? C'est d'une irresponsabilité crasse.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : MIT TECHNOLOGY REVIEW
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Quand la science-fiction devient le cahier des charges de la NSF

Février 2019. Trente 'experts' se cloîtrent dans un centre de conférences en Virginie, grassement financés par la National Science Foundation (NSF). Leur mission ? Identifier des projets 'à haut risque' et 'irrésistiblement excitants' à jeter dans la gueule du contribuable américain. Le gagnant du concours du pire ? La fabrication de bactéries 'miroir'. Pas une percée médicale. Pas une solution climatique. Non. Des organismes dont la biologie serait l'image inversée de la nôtre, construite avec des acides aminés et des sucres qui n'existent pas dans la nature.

Une boîte de Pandore moléculaire, livrée avec un sourire

Le principe est simple, et terrifiant. Ces formes de vie seraient métaboliquement sourdes à notre monde. Nos antibiotiques ? Inopérants. Notre système immunitaire ? Aveugle. Elles pourraient proliférer sans prédateur, sans contrôle, dans un écosystème qui ne les reconnaîtrait même pas comme une menace. Les promoteurs du projet balaient d'un revers de main les risques de contamination ou de compétition écologique incontrôlée. Leur argument ? C'est 'fondamental'. Autrement dit : on le fait parce qu'on peut. La prudence est une variable d'ajustement face au frisson de la découverte.

L'éthique en stage de team-building

Le plus savoureux dans cette sinistre farce ? La présence d''éthiciens' dans la salle. Leur rôle apparent : poser les questions qui fâchent. Leur rôle réel : fournir une couverture morale à une entreprise aux conséquences potentiellement apocalyptiques. Ils ont 'brainstormé' pendant quatre jours. Leur verdict ? Allons-y. C'est une parfaite illustration de l'éthique de complaisance qui règne dans la tech-bio : on embauche des philosophes non pour dire 'non', mais pour rédiger de jolis paragraphes sur la 'responsabilité' dans les demandes de subvention.

Qui paie, qui profite, qui risque tout ?

Derrière le vernis de la science pure se cache le même vieux jeu. Des carrières académiques à booster. Des brevets à déposer sur des techniques de synthèse radicales. Des labos assoiffés de financements 'moonshot'. La NSF, elle, y voit l'occasion de marquer l'histoire, peu importe l'encre avec laquelle elle l'écrira. Quant au public, celui dont l'argent finance cette roulette russe génétique, il n'est informé que par des communiqués aseptisés, longtemps après que les décisions ont été prises dans des salles fermées.

Conclusion : L'excitation n'est pas une politique de recherche

Qualifier un projet de 'à haut risque' et 'irrésistiblement excitant' devrait être une raison de le classer, pas de le financer. La course à l'innovation a remplacé le principe de précaution. On ne se demande plus 'Devrions-nous ?' mais 'Quand pourrons-nous ?'. Créer une forme de vie parallèle et potentiellement inarrêtable n'est pas de la science. C'est de l'hybris technologique, sponsorisée par l'État. Si un scénario de film catastrophe se réalise un jour, n'oubliez pas de remercier la petite bande de Virginie qui l'aura trouvé, en 2019, simplement 'excitant'.

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