Le 17 septembre 2026, Bruxelles a accouché de son dernier-né : le EU KIDS Act. Le sigle n'est pas un accident — c'est du « Keeping Internet Digital Spaces Accountable and Trustworthy » charcuté jusqu'à épeler KIDS. Le marketing avant même la loi. En Europe, on ne nomme plus les textes d'après ce qu'ils contiennent, mais d'après l'émotion qu'ils veulent déclencher dans les dîners de famille.
Un sigle, un prétexte, un verrou
Le principe : interdire toute création autonome de compte aux moins de 15 ans sur les services de réseaux sociaux et les plateformes de partage de vidéos. Un âge unique pour les 27. Fini les 13 ans français, les 16 ans allemands, les bricolages nationaux. Un seul chiffre, harmonisé, « cohérent ». Le mot magique, celui qui endort les assemblées.
Sauf que pour savoir si un utilisateur a quinze ans, il faut d'abord savoir qui est cet utilisateur. Il n'existe aucune méthode technique qui vérifie un âge sans vérifier une identité. Vous voulez protéger les gosses ? Très bien. Préparez-vous à prouver votre âge. Vous, vous, et vous. 450 millions d'Européens sommés de s'identifier pour un dispositif censé concerner une minorité.
À qui profite le chiffre 15
Suivez l'argent. La vérification d'âge est un marché. Yoti, Jumio, Onfido, Veriff — toute la clique se frotte les mains. Chaque mandat d'âge-verification est un contrat public-privé qui se signe à coups de dizaines de millions d'euros. Et devinez qui pilote ces pipelines ? Des acteurs qui, par ailleurs, ont un intérêt direct à voir les utilisateurs s'identifier sur toutes les plateformes : les géants de la pub ciblée.
Les mastodontes — Meta, Google, ByteDance — absorbent le coût de conformité sans broncher. Le forum indépendant, le réseau associatif, la plateforme fédérée ? Écrasés. Une loi supposée protéger les enfants se termine, une fois de plus, en machine à creuser des douves autour des dominants.
Le Marché unique, cette arlésienne
Le communiqué l'avoue sans rire : l'objectif est de « supprimer les obstacles à la mise en œuvre du Marché unique numérique ». Voilà. Le mot est lâché. On ne protège pas des enfants — on protège des flux. La sécurité des mineurs est le carburant moral d'un chantier d'intégration commerciale. Bruxelles a toujours su habiller la dérégulation en robe de bienfaisance, et ce n'est pas la première fois que les enfants servent de prétexte à un pipeline.
L'anonymat, cette anomalie à éradiquer
Le texte ne le dit pas. Il n'a pas besoin de le dire. L'infrastructure qu'il construit — aujourd'hui pour les mineurs sur quelques plateformes — demain pour tout le monde sur toutes. Le précédent est le produit. Chaque état d'exception se pense temporaire, chaque infrastructure d'identification se révèle définitive. On connaît la chanson GDPR : promesse de protection, livraison d'un empire de conformité à plusieurs milliards, et zéro anonymat en sortie.
Un texte signé par personne
Dernier détail, pas le moindre : le communiqué d'origine est crédité « Anonymous (not verified) ». Bruxelles fiche les gosses européens, mais refuse de signer sa propre copie. L'anonymat serait dégueulasse quand c'est vous, et manifestement stratégique quand c'est eux.
Le KIDS Act ne protège pas vos enfants. Il monte un régime d'identité numérique à l'échelle du continent, avec les mineurs comme porte d'entrée émotionnelle. Réveillez-vous : le prochain selfie que vous enverrez pour « vérifier votre âge » sera le premier domino d'une surveillance généralisée. Et cette fois, personne n'aura même l'élégance de mettre son nom dessus.