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Jensen Huang vend du rêve, les travailleurs font les frais

Jensen Huang, le milliardaire qui vend des GPU, nous explique que l'IA ne tue pas les emplois mais les transforme en opportunités. En attendant, 300 millions de postes sont menacés et les licenciements pleuvent. Une leçon de mépris de classe version Silicon Valley.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : TECHCRUNCH AI
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Alors que les travailleurs du monde entier regardent l'IA avec la même angoisse qu'un patient devant une proctologie, Jensen Huang, le gourou de Nvidia, nous pond une petite musique réconfortante : « L'IA crée un nombre énorme d'emplois ». Vraiment ? On se pince, on vérifie le calendrier, on n'est pas le 1er avril. Mais non, c'est bien sérieux. Le PDG de la firme qui vend les pelles et les pioches de la ruée vers l'or algorithmique vient de découvrir que le chômage technologique n'existe pas. Quelle révélation.

Le baratin du vendeur de GPU

Jensen Huang, dont la fortune personnelle flirte avec les 90 milliards de dollars (source : Forbes, 2025), a déclaré lors d'une conférence que « l'IA ne va pas emporter votre boulot, mais quelqu'un qui utilise l'IA oui ». Traduction : achetez nos puces, formez-vous, et si vous perdez votre poste, c'est de votre faute. Pratique. En 2024, Nvidia a généré un chiffre d'affaires de 60 milliards de dollars, principalement grâce aux centres de données et à l'IA générative. Pendant ce temps, les études du MIT et de Goldman Sachs estiment que 300 millions d'emplois pourraient être impactés par l'IA d'ici 2030. Mais Huang, lui, voit des « opportunités ». Forcément, quand on vend les outils qui remplacent les cols blancs, on a intérêt à repeindre le mur en rose.

Rappelons que le marché du travail n'a pas attendu les prédictions de Huang pour trinquer : aux États-Unis, les embauches dans les secteurs créatifs et juridiques ont chuté de 12% depuis l'arrivée de ChatGPT (Bureau of Labor Statistics, 2024). Et ce n'est que le début. Mais Huang préfère parler de « nouveaux métiers » comme « ingénieur prompt » ou « auditeur d'algorithmes ». Des postes souvent précaires, mal payés, et réservés à une élite technique pendant que les masseuses et les plombiers (pour lesquels l'IA n'est pas encore une menace directe) voient leur charge fiscale augmenter.

L'argent des lobbyistes et des licenciements

Nvidia dépense chaque année des millions en lobbying à Washington. En 2024, le montant atteignait 14,7 millions de dollars (OpenSecrets). Le but ? Influencer les régulations sur l'IA pour qu'elles favorisent… Nvidia. Pas de taxe sur les robots, pas de filet social pour les travailleurs déplacés. Juste des subventions pour les centres de données et des exonérations fiscales. Pendant que les employés de chez Google, Meta ou IBM — pourtant clients de Nvidia — subissent des licenciements massifs. En 2024, les GAFAM ont supprimé plus de 250 000 postes cumulés (Crunchbase). Mais pour Huang, tout va bien : « l'industrie de l'IA crée des emplois ». Lesquels ? Des postes de commerciaux pour vendre des GPU, des ingénieurs pour les maintenir, et des consultants pour rassurer les investisseurs. Un joli cercle fermé où l'argent ne quitte jamais la bulle technologique.

Les vrais perdants de l'histoire

Pendant que Huang pavane, les travailleurs du savoir — graphistes, traducteurs, assistants juridiques, développeurs juniors — voient leurs tarifs s'effondrer. Sur Upwork et Fiverr, les offres pour des missions de traduction ont chuté de 30%, remplacées par des prompts ChatGPT vendus à prix cassé. Les banques licencient des traders pour les remplacer par des modèles de prédiction. Et que propose Huang ? « Il faut se former tout au long de la vie ». Traduction : débrouillez-vous, prenez des prêts étudiants, faites des bootcamps payants financés par… Nvidia, via son programme d'éducation. Pratique pour créer une armée de réserve de travailleurs précaires formés sur ses outils.

Et que dire de son mépris pour les métiers manuels ? Huang affirme que l'IA ne remplacera pas les « emplois qui nécessitent du toucher humain ». Mais en réalité, les robots aspirateurs et les caisses automatiques ont déjà supprimé des centaines de milliers de postes dans le commerce et l'hôtellerie. L'IA générative commence à grignoter la médecine (diagnostic assisté), la comptabilité (automation) et même la psychologie (chatbots émotionnels). Mais non, « elle crée des emplois ». Lesquels ? Fabricants de chatbots, recycleurs de data centers, experts en éthique de l'IA (dont le seul vrai job est de rassurer le public sans changer les pratiques).

Huang, le prêcheur d'une religion qui l'arrange

Au final, le discours de Jensen Huang n'est pas une analyse économique, c'est une opération de relations publiques. Il vend un avenir radieux pour continuer à vendre des composants à 30 000 dollars pièce. Derrière chaque affirmation sur les « emplois créés », il y a des brevets, des brevets, et encore des brevets — Nvidia en détient plus de 30 000. Et derrière chaque promesse d'opportunités, il y a des licenciements silencieux, des cols blancs qui glissent hors des tours de verre.

Alors oui, Jensen, l'IA crée des emplois. Ceux de tes actionnaires, ceux de tes lobbyistes, ceux des consultants à 2000 dollars de l'heure. Pour le reste, les travailleurs n'ont pas besoin de ton discours paternaliste — ils ont besoin d'une sécurité sociale, d'une taxation des robots, et d'un vrai débat démocratique sur l'avenir du travail. Mais ça, ce n'est pas rentable pour Nvidia. Donc on continuera à nous servir la soupe de la « disruption positive ». Jusqu'à ce que le dernier travailleur soit remplacé par un prompt bien marketé.

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