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Jensen Huang, 0 % de risque, 100 % de conflit d'intérêts

Le patron de Nvidia jure que l'IA a « 0 % de chance » de détruire le monde. Le même homme contrôle 80 % des puces qui la font tourner. Un conflit d'intérêt à 3 000 milliards de dollars, servi avec le sourire au journal du dimanche.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : THE VERGE AI
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Jensen Huang est allé sur le plateau de CBS Sunday Morning pour nous rassurer. L'IA ne mettra pas fin au monde : « 0 % de chance ». Parole d'homme qui, accessoirement, vend les puces qui font tourner le truc. On admire la sérénité.

Le vendeur de pioches jure que la mine est sûre

Nvidia, c'est entre 80 et 90 % du marché des accélérateurs d'IA. Les H100, les Blackwell, les racks entiers facturés à prix d'or : sans Nvidia, pas de ChatGPT, pas de Claude, pas de Gemini. En juin 2024, la boîte est brièvement devenue l'entreprise la plus valorisée du monde, au-delà des 3 000 milliards de dollars. Le chiffre d'affaires trimestriel a été multiplié par plusieurs en deux ans. La fortune personnelle de Huang a gonflé d'une cinquantaine de milliards en dix-huit mois.

Voilà l'homme qui nous explique que tout va bien. Le vendeur de pioches trouve que la ruée vers l'or est sans danger. Personne n'est surpris. Personne ne devrait l'être. C'est le conflit d'intérêt le plus cher de l'histoire du capitalisme, et il passe au journal télévisé en blouson de cuir.

« Pas fondé sur la science » — dit le type qui vend du silicium

Huang attaque Dario Amodei (Anthropic) et Sam Altman (OpenAI) : leurs appels à ralentir ne seraient « pas fondés sur la science ». Petit rappel de cours. Geoffrey Hinton a quitté Google en 2023 pour pouvoir parler librement des risques qu'il a lui-même contribué à créer. Il a reçu le prix Nobel de physique 2024. Yoshua Bengio, Turing Award 2018, lance des alertes depuis des années. Stuart Russell écrit des traités sur le sujet depuis 1995.

Ces gens-là font de la science depuis quarante ans. Huang fabrique des cartes graphiques depuis trente. La hiérarchie des expertises n'est peut-être pas exactement celle qu'il imagine.

« Effrayer les gens est irresponsable »

Donc les chercheurs qui documentent des risques sont irresponsables, mais le PDG qui vend les composants critiques de la chaîne sans plan de sécurité contraignant est, lui, parfaitement raisonnable. Comprenne qui pourra.

La formule est bien rodée : pas de déni frontal, juste du dédain. On ne dit pas « il n'y a pas de risque », on dit « ceux qui en parlent sont des hystériques ». C'est la technique classique du type qui a intérêt à ce que le débat n'ait pas lieu.

Pas besoin de règles, merci, on gère

Huang l'assume : aucune nouvelle loi, aucune nouvelle règle, aucun nouveau garde-fou nécessaire. Évidemment. Nvidia a passé les deux dernières années à faire du lobbying contre les contrôles à l'exportation vers la Chine — contrôles qui, eux, étaient bien fondés sur des rapports de renseignement, pas des vibes. Le même homme qui trouve les régulateurs inutiles pour l'alignement des modèles les trouve très utiles quand il s'agit de verrouiller les brevets et les chaînes d'approvisionnement.

Pendant ce temps, Nvidia investit dans des startups de cloud qui rachètent ses propres puces. De l'argent qui part, revient, repart. Un circuit fermé qu'aucun régulateur ne semble pressé d'ouvrir.

Qui se goinfre, qui paiera

Suivons l'argent, une fois. Ceux qui s'en mettent plein les poches aujourd'hui : Nvidia, ses actionnaires, les fonds qui ont acheté au bon moment, les data centers qui bétonnent le Nevada et l'Arizona. Ceux qui paieront la facture demain : les électriciens qui voient leur réseau saturé, les villes qui subissent la flambée du foncier, les salariés dont le métier sera automatisé avant qu'on ait statué sur l'indemnisation, et peut-être nous tous — mais ça, Huang met un zéro pour cent dessus.

Un dernier mot pour les régulateurs, de ce côté de l'Atlantique : vous avez un homme en blouson de cuir qui vous explique qu'il n'a pas besoin de vous. Il pèse trois mille milliards de dollars. Vous, vous avez un règlement et un budget de fonctionnement. On verra qui gagne. On a déjà une petite idée.

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