Vous pensiez que votre PC était déjà assez intrusif avec Windows 10 et ses mises à jour forcées ? Accrochez-vous bien, parce que IrisGo, la nouvelle startup bénite par le gourou du deep learning Andrew Ng, débarque avec la promesse d’un « assistant de bureau » qui mate chaque pixel de votre écran en temps réel. Littéralement. Le cofondateur, visiblement issu d’une école de communication où l’on apprend à enfumer en souriant, nous vend ça comme un « butler IA » qui « regarde ce qui se passe sur votre bureau et apprend automatiquement à faire des tâches pour vous ». Traduction : un logiciel espion qui se nourrit de vos clics, de vos raccourcis foireux et de vos sessions Netflix interdites pour, soi-disant, vous « assister ».
La surveillance de masse version desktop
IrisGo n’est pas un simple outil de productivité. C’est un cauchemar de vie privée déguisé en petit robot mignon. Le produit — encore en beta, évidemment — enregistre vos actions, vos habitudes, vos errances numériques. Et tout ça dans le cloud, probablement chez AWS ou Google Cloud, avec des promesses de chiffrement qui sentent le réchauffé. Andrew Ng, qui a déjà signé des chèques pour des boîtes comme Landing AI (dont on n’a plus entendu parler comme de la promesse de l’IA industrielle), vient ici parer de sa crédibilité un projet qui ressemble à une dystopie de bureau. Vous avez un employé un peu lent ? IrisGo vous suggère-t-il de le remplacer par un script ? La question se pose, mais personne dans les communiqués de presse n’ose la poser.
« Apprend automatiquement » ? Ou pique vos mouvements pour les revendre ?
La startup vend du rêve : fini les macros compliquées, l’IA regarde et reproduit. Mais dans les faits, qui contrôle ce qu’elle « apprend » ? Quid des mots de passe tapés en clair dans un terminal ? Des documents sensibles ouverts en cache ? Des mèmes que vous tweetez en cachette ? Le cofondateur promet que tout est local — mais les ressources étant ce qu’elles sont, le modèle devra bien s’entraîner sur des données utilisateurs un jour. Et comme on sait que la meilleure façon de gagner des clients est de ne pas leur mentir trop tôt, gageons que la monétisation viendra sous forme de données agrégées. Ou de « version premium sans publicité ciblée à partir de votre historique ». Bienvenue en 2025, où même votre bureau a des yeux.
Andrew Ng, le monsieur propre de la hype
Le parrain de l’IA n’en est pas à son premier coup d’encensoir sur des startups douteuses. Après avoir misé sur des boîtes qui promettaient de l’IA dans l’agriculture et qui ont fini en échecs discrets, il rempile avec IrisGo. Son nom rassure les investisseurs, mais pour le commun des mortels, c’est un tampon « approuvé par le gourou » qui permet de lever des millions sans avoir un produit vraiment abouti. Rappelons qu’Andrew Ng a coaché Baidu, Google Brain, et co-fondé Coursera. Il sait mieux que quiconque que les données sont le pétrole du XXIe siècle. Alors quand il soutient un logiciel qui observe tout ce que vous faites, on a le droit d’être un peu paranoïaque. Surtout que IrisGo n’a même pas de transparence sur la durée de conservation des logs.
Le vrai besoin ? Ou la solution qui cherche un problème ?
Posons la question : qui a vraiment besoin d’un « ami de bureau IA » ? Les développeurs utilisent déjà des outils de macro, les graphistes des presets, et les managers… des rapports d’activité déjà bien assez intrusifs. IrisGo semble viser le grand public, mais le grand public passe son temps à fermer les pop-ups de cookies et à râler contre les assistants vocaux. Rajouter une couche de surveillance sous prétexte d’automatisation, c’est comme offrir un micro permanent à un paranoïaque. La startup se défend en disant que l’utilisateur peut tout désactiver. Mais combien le feront ? Et combien comprendront que désactiver, c’est perdre les « bénéfices » ? Merci, mais je préfère encore cliquer moi-même sur « Envoyer ».
Conclusion : un pas de plus vers le bureau-totalitaire
IrisGo est le prototype parfait de la startup qui ne comprend pas la différence entre assister et surveiller. Avec la caution d’Andrew Ng, elle va probablement lever 50 millions et disparaître dans 3 ans, laissant une traînée de brevets et de données volées. En attendant, si vous utilisez ce logiciel, ne vous étonnez pas de recevoir des pubs pour des formations Excel après avoir passé trop de temps sur une cellule. Le futur du travail, mesdames et messieurs : un big brother qui fait vos tâches à votre place, parce que vous n’êtes pas assez efficace pour lui échapper.