Instinct a trouvé la martingale: vous ouvrez déjà son application tous les jours, alors autant y glisser des recommandations de produits et de voyages que vous n'avez jamais demandées. Dans le communiqué, ça s'appelle des suggestions « curées par des humains ». En pratique, ça s'appelle la sensation d'avoir un vendeur qui s'assoit à côté de vous dans le canapé, sans y avoir été invité.
Et le détail qui devrait faire tilt: ce n'est pas un bug. C'est une feuille de route. Des utilisateurs qui découvrent de la publicité déguisée en conseil, ça ne vient pas d'une régie, ça vient du produit lui-même. Quand votre outil se met à avoir des avis sur vos vacances, ce n'est plus un outil. C'est un panneau d'affichage avec un champ de saisie.
« Humain », le mot le plus surfacturé de la tech
Depuis que tout le monde fait tourner des modèles de langage, coller « humain » sur la boîte est devenu le réflexe de survie. Sauf que « curé par des humains » ne dit rien de la qualité. Ça dit qui a cliqué en premier — et souvent pourquoi il a cliqué. Un humain qui touche une commission reste un humain, mais ce qu'il vous vend n'est plus un conseil.
Le vrai sujet n'est donc pas l'intelligence du système. C'est son modèle économique. Et sur ce point, la transparence est toujours à géométrie variable: on vous parle du soin apporté à la sélection, jamais de la mécanique qui décide quel produit mérite vos yeux.
La gêne, cet indicateur produit qu'on refuse de lire
« L'ick », comme disent les utilisateurs anglophones. Traduction: une réaction viscérale, immédiate, impossible à rationaliser — et parfaitement légitime. Ce n'est pas de la sensiblerie. C'est le signal qu'une frontière a été franchie sans qu'on vous demande votre avis.
Les équipes produit adorent les métriques d'engagement. Elles détestent la gêne, parce que la gêne ne se dashboardise pas. Elle ne fait pas de beau graphique en réunion de quaternaire. Elle fait juste partir les gens, discrètement, sans ticket de support et sans post de protestation. Et un utilisateur qui s'en va en silence est un utilisateur qu'on ne comptera jamais dans le bilan.
Suivez l'argent, ou l'absence de réponse
Trois questions, et aucune n'a intérêt à recevoir de réponse sur la place publique. Première: qui paie pour apparaître dans ces recommandations, et en échange de quoi? Deuxième: sur quel critère un produit ou une destination est retenu — popularité, marge, partenariat signé? Troisième: pourquoi personne n'a jugé utile de demander l'avis des premiers concernés avant de déployer?
Tant qu'on n'a pas ces réponses, la formule « recommandation humaine » restera une jolie façon de dire « placement non déclaré ». Ce n'est pas une accusation gratuite. C'est la seule lecture rationnelle d'un silence.
Le conseil est un produit, la confiance la variable d'ajustement
Il y a une ironie à écrire ça: recommander de bons produits, c'est utile. Vraiment. Le problème n'est pas la recommandation, c'est le moment, le contexte et la dose. Glisser des suggestions marchandes dans un espace que l'utilisateur considère comme le sien, c'est la faute classique de toute plateforme qui a gagné: croire que l'attention acquise est un dû.
Interpellation directe, donc, à qui veut l'entendre en interne chez Instinct: demandez aux gens s'ils veulent du conseil avant de leur en servir. Un bouton « off » honnête vaut mieux que dix mille recommandations subies. Et pour les autres plateformes qui lorgnent la même fonctionnalité: la gêne des utilisateurs n'est pas un coût d'acquisition à amortir. C'est la facture. Elle arrive toujours, un jour ou l'autre, avec les intérêts.