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Ils surveillaient le ciel, personne ne surveillait leur serveur

Une association qui passe ses nuits à compter les cailloux qui tombent du ciel vient d'être éteinte par des gens qui n'ont jamais levé les yeux plus haut que leur clavier. « Plusieurs semaines » d'indisponibilité, et personne ne s'en apercevra. Voilà exactement le problème.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : ARS TECHNICA
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Une organisation à but non lucratif qui passe ses nuits à compter les cailloux qui tombent du ciel vient de se faire éteindre par des gens qui, eux, n'ont jamais levé les yeux plus haut que leur clavier. Le communiqué tient en une ligne, et cette ligne est déjà un aveu : « plusieurs semaines » hors service. Traduction pour les vivants : le réseau d'observation qui documente les bolides, les traînées lumineuses et les cailloux qui finissent en météorites vient de prendre une déculottée numérique, et il n'a ni les reins ni le budget pour s'en relever vite.

Ce qui se raconte sous l'euphémisme de « coup critique » n'a rien d'un exploit de film. Les causes, on les connaît d'avance tellement elles sont toujours les mêmes : un courriel de phishing un peu grossier, un mot de passe réutilisé depuis 2011, une machine oubliée dans un coin du réseau, un correctif repoussé parce que « de toute façon on est une asso, on n'intéresse personne ». Eh bien si. La cybercriminalité ne vise pas les tours de verre, elle vise les portes de service. Et une petite structure scientifique, c'est une porte de service avec un panneau « bienvenue » cloué dessus.

Trois semaines de cécité, et personne ne s'en apercevra

Voilà le vrai scandale. Si le système d'information d'une banque tombe, c'est un incident national. Si celui d'un réseau bénévole qui archive le passage des météores tombe, c'est le néant informationnel. Aucun régulateur ne bouge, aucune autorité ne convoque personne, aucun cours de bourse ne frissonne. Le ciel continue de brûler en silence, et les données qu'on ne collecte pas pendant ces semaines-là sont perdues définitivement.

Un bolide non enregistré, ce n'est pas une ligne vide dans un tableau. C'est une trajectoire qu'on ne calculera pas, une orbite qu'on ne précisera pas, un fragment qui a fini dans un champ et qui restera un caillou anonyme au lieu d'être un objet scientifique. Et, dans le pire des scénarios, c'est un objet qui nous frôle et dont on ne saura rien — parce que le capteur qui devait le voir était branché à un serveur rançonné.

Suivez l'argent : il ne va pas là où sont les yeux

Qui paie ? Personne. Et c'est toute l'histoire. La défense planétaire, les grands programmes, les conférences, les budgets à rallonge, ça se dispute à coups de dizaines de millions et de communiqués triomphants. Mais la première ligne de détection — celle qui repère les choses avant qu'elles ne deviennent un sujet de télévision — repose massivement sur des astronomes amateurs, des capteurs prêtés, des logiciels bricolés par des retraités insomniaques et des serveurs qui tiennent par la grâce d'une adhésion annuelle et d'un administrateur système bénévole qui n'a jamais demandé ça.

On finance la gloire, jamais la plomberie. Résultat : la plomberie fuit, et on découvre soudain que le tuyau qui comptait les météores était le même que celui qui n'avait pas de sauvegarde hors ligne.

Ce qu'on ne vous dit pas

Ce n'est pas un accident, c'est une politique. Le secteur associatif est le tiers monde de la cybersécurité. Il ne peut pas s'offrir les outils que s'achètent les entreprises, il n'a pas de responsable sécurité, il n'a pas de plan de continuité — et il est bourré de données personnelles, de comptes bénévoles et d'accès partagés entre gens qui se sont croisés trois fois.

Et surtout : personne n'a jamais jugé utile de financer la protection d'une infrastructure scientifique critique dès lors qu'elle n'a pas de statut d'infrastructure critique. Le ciel n'a pas de lobby. Il n'a pas de porte-parole au Parlement. Il a une association, un formulaire de don et un serveur.

Alors rétablissez vos sauvegardes, les amis, et prenez votre temps : l'univers ne pleurera pas votre indisponibilité. Ce sont vos données qui disparaissent, pas les météores. Eux continueront de tomber, sans nous demander notre avis, pendant que l'humanité regardera ailleurs — comme d'habitude.

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