Une étude bien intentionnée vous livre « ce que les enfants pensent de l'IA, dans leurs propres mots ». Nous, on a lu les verbatims. On a ri jaune. Puis on a eu envie de déterrer nos boules de cristal pour vérifier si l'humanité a encore un avenir. Parce que derrière ces « mots d'enfants », il n'y a aucune pensée. Il y a des algorithmes qui ont appris à parler comme des humains, et des humains qui répètent comme des algorithmes. Les gamins ne révèlent pas une opinion. Ils récitent un slogan marketing.
Ils ne pensent pas, ils récitent
Interrogés sur l'IA, les enfants débitent la novlangue de la Silicon Valley : « créativité », « aide », « futur », « opportunité ». Des mots qu'ils ne maîtrisent pas, mais qui font chic dans un rapport annuel. Quand on creuse, ils ne parlent pas de l'IA. Ils parlent de ce qu'on leur a vendu. Leur « voix » est un mix de publicités, de parents anxieux et d'enseignants dépassés. Alors non, ce ne sont pas leurs mots. Ce sont les vôtres, recyclés en prompt, puis régurgités avec la confiance d'un keynote Apple.
Tricher n'est pas une révolution
Ah, les ados qui utilisent ChatGPT pour leurs dissertations ? La belle affaire. Avant, on cachait des fiches bristol dans sa trousse. Maintenant, on écrit un prompt paresseux. On appelle ça de l'IA, mais c'est toujours de la triche. Sauf que les éditeurs de manuels scolaires présentent ça comme une « adaptation aux nouveaux modes d'apprentissage ». La seule nouveauté, c'est la vitesse à laquelle l'erreur circule. En 2023, ChatGPT a atteint 100 millions d'utilisateurs en deux mois — sans vérification d'âge, évidemment. Les enfants ont été des cobayes gratuits, et ils en redemandent.
Le vrai client, c'est vous, les parents
Pendant que vos chérubins « explorent » l'IA, OpenAI, Google et les autres récoltent leurs données, leurs hésitations, leurs tentatives. Chaque requête est une mine d'or. Et vous, parents, vous vous extasiez que le petit sache demander à Midjourney une licorne en pixel art. Formidable. Il ne sait pas poser une division, mais il génère des images que des illustrateurs humains n'auront plus. La solution ne serait pourtant pas d'interdire — interdiction stupide — mais d'éduquer. Sauf que l'éducation, c'est long, c'est cher, et ça ne rapporte rien. Alors on laisse les GAFAM offrir des « ateliers » dans les écoles. Ils sponsorisent le matériel, vous achetez les produits. Quelques années plus tard, vos enfants sont le produit.
Les enseignants, premiers rouleaux compresseurs
Côté profs, c'est la panique. Certains interdisent tout, d'autres embrassent l'IA sans filet. Personne n'a de vraie formation. Les commissions scolaires achètent des licences pour des outils douteux, sans auditer les algorithmes. Résultat : des enfants formés par des chatbots, pas par des humains. On supprime des heures de philosophie, mais on ajoute des cours de prompt engineering. C'est grotesque, et c'est ça la véritable « révolution ». On remplace la capacité de penser par la capacité de formuler une requête. On apprend aux enfants à appuyer sur un bouton en croyant qu'ils pilotent la machine.
Et après ?
Les enfants finiront par se détester de l'IA quand elle leur aura servi des conseils de carrière catastrophiques. Mais d'ici là, on aura formé une génération à obéir aux algorithmes. C'est exactement ce que l'industrie technologique voulait : des petits soldats de l'automatisation, dociles, avec un abonnement à 20 dollars par mois. Les décideurs se frottent les mains. Les enfants, eux, n'auront même pas le temps de comprendre qu'ils ont été roulés. Le futur s'annonce radieux. Pour ceux qui vendent la pioche.