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HiPEAC Vision 2026 : l'Europe réinvente le computinage (et l'eau tiède)

HiPEAC Vision 2026 propose à l'Europe de ne pas copier les géants américains du computing. Bonne idée. Dommage que le seul plan concret soit de prier pour que les data centers aient une âme éco-responsable. L'open source ne remplacera jamais les usines de puces.

PAR SUSANOO NEWSSOURCE : EU DIGITAL STRATEGY
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Bruxelles, mai 2026. Alors que les hyperscalers américains engloutissent des gigawatts pour faire tourner leurs IA toujours plus obèses, la Commission européenne vous invite à une session en ligne (parce que le présentiel, c'est dépassé) pour causer du « prochain paradigme de calcul ». Un paradigme qui, cocorico, serait européen. Pas de data centers monstrueux, pas d'économie de l'attention, pas de surveillance capitaliste. Juste du concret, du modulaire, du « right-sized ». Si vous y croyez, vous êtes prêts à acheter un pont à Bruxelles.

Le plan de la dernière chance (ou de la première illusion)

La HiPEAC Vision 2026, c'est ce joli document qui prétend que l'Europe peut tracer sa propre voie dans le computing. Plutôt que de singer les roadmaps américaines ou chinoises, l'Europe proposerait une infrastructure flexible, durable, résiliente. Traduction : on prend le train en retard, mais on insiste pour avoir des wagons biosourcés et un conducteur qui parle le français. Le hic ? Les 95% des innovations en IA et computing viennent de firmes extra-européennes. Mais qu'à cela ne tienne, le HiPEAC propose un orchestre d'action models coordonnés par un orchestrateur. C'est joli sur le papier. Moins quand votre GPU est fabriqué par TSMC.

Open source, souveraineté, et autres mots magiques

Le document insiste : l'open source est fondamental pour l'industrie européenne. Certes. Mais l'open source sans hardware, c'est un moteur de voiture sans roues. Et pendant que l'Europe discute de modularité et de reconfigurabilité, Nvidia empile les milliards de dollars de chiffre d'affaires. Les spécialistes du secteur (comprendre : les mêmes qui vendent des licences) viennent causer de systèmes sécurisés, de supply-chain vulnerabilities. Mais qui va fabriquer les puces ? Pour l'instant, c'est toujours Intel, Samsung et TSMC. L'Europe produit des puces pour les voitures, pas pour les data centers. Et on nous parle de souveraineté.

Soutenabilité : le cache-sexe des ambitieux

Ah, la sustainabilité. Le HiPEAC Vision en fait son cheval de bataille. Le secteur IT doit réduire son empreinte. Sauf que doubler l'investissement dans les data centers verts, c'est comme mettre un filtre à particules sur un Boeing 747. On consomme toujours autant, juste un peu mieux optimisé. Et pendant ce temps, les hyperscalers annoncent des infrastructures massives — des milliards de dollars — pendant que l'Europe tergiverse sur le droit à la réparation de ses serveurs. Le paradigme « rightsized infrastructure » ? C'est le discours que tiennent les start-up qui ne peuvent pas se payer du matériel neuf.

En résumé, la HiPEAC Vision 2026 est un document sympathique, plein de bonnes intentions, mais qui sent le déni. L'Europe veut son propre chemin dans le computing. Très bien. Mais ce chemin ne mènera nulle part tant qu'elle n'aura pas décidé de mettre les moyens — et de cesser de croire que l'open source et les réunions en visio vont remplacer les usines de puces. Alors, rendez-vous à la session CONNECT University le 19 mai pour entendre des discours inspirants. Rappelez-vous juste que le paradigme européen du computing, pour l'instant, c'est surtout un paradigme d'absence.

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